Archives mensuelles : décembre 2008

1) Le bilan du Tadorne.

En 2008, l’art du « débordement » a inspiré de nombreux artistes pour qui le spectateur, loin d’être un consommateur, fut considéré comme un « acteur » au « travail », au sens psychanalytique du terme. Rarement, mes capacités à m’émouvoir, à penser, ont été à ce point stimulées. Ces dix artistes ont fait de moi, de vous, de nous, de beaux « Homo Spectator », titre du dernier ouvrage de la philosophe Marie-José Mondzain.


1- Pippo Delbono, « Questo Buio Feroce »,… lire la suite

Marseille, samedi 20 décembre. 15h. Dans les rues, la crise de la consommation fait un vacarme d’enfer. Comme je l’avais prévu, j’entre au Théâtre des Bernardines, dans la continuité de mon engagement de spectateur. En préface au spectacle « Séance » de Bruno Meyssat, la philosophe Marie-José Mondzain écrit : « L’image ne produit aucune évidence, aucune vérité et ne peut montrer que ce que produit le regard que l’on porte sur elle. Voir ensemble, ce n’est pas partager une vision, car jamais personne ne verra ce que l’autre… lire la suite

Pour m’éloigner de la pesanteur des leitmotivs journalistiques de fin d’année, je prends mon envol pour le Théâtre d’Arles avec la Compagnie Chatha et leurs « Khaddem Hazem » (« hazem » signifiant bassin, jeu de mots pour traduire « ouvrier du bassin »). C’est mon dernier spectacle de l’année 2008, autant dire que la pression est assez forte, après une rentrée théâtrale assez molle.

Les lumières baissent et le son d’une radio tunisienne déverse son flot de paroles. Je revois les rues d’un petit village de Tunisie et des images oubliées refont… lire la suite

En novembre dernier, je participais au jury régional « Talents danse » à Marseille organisé par l’ADAMI. Deux danseuses interprètes furent sélectionnées et invitées pour l’audition finale du 13 décembre à Paris.

Ils sont dix, lauréats des régions, à entrer en compétition pour cette troisième édition. Un jury de « débatteurs » est convoqué pour la circonstance. Une vidéo d’une minute présente les candidates avant chaque prestation, pour poser le contexte. C’est souvent drôle et osé. Le propos bouscule avec humour l’ordre établi, replace l’audition dans un environnement… lire la suite

A l’entrée de la salle, on préfère nous avertir : « certaines scènes seront jouées dans l’obscurité la plus totale ». Le principe de précaution s’immisce décidément partout. Aurions-nous peur, même du noir ? C’est fort possible.

Avec la chorégrapheLatifa Laâbissi, nous y voilà immergés dès les vingt premières minutes. « Histoire par celui qui la raconte » remonte le temps, celui où plongés dans l’obscurité des cavernes, nous éructions, nous chassions sans ménagement, à la recherche de la proie facile, mais résistante. Je ne vois rien ou plutôt je… lire la suite

Nos théâtres provençaux vont-ils bientôt se réveiller et arrêter de nous endormir avec leurs numéros de cirque et de foire dont la performance pour le spectateur consiste à bailler pour ne pas sombrer ? Ce soir, dans un Théâtre des Salins congelé, je m’interroge : pourquoi « ça »? En nous proposant trois moments (deux solos, un duo), on pouvait légitimement s’attendre à une diversité vivifiante en lieu et place de ces numéros qui nous enfoncent dans le vide par les bons sentiments et des formes esthétisantes qui courent après le sens.

Le premier… lire la suite

L’ennui s’invite à la Comédie de Valence. Je lutte contre le sommeil.
Avec efficacité.
J’ai toute une panoplie de stratégies pour ne pas perdre la face : battements des orteils, n?uds dans les cheveux, mouvement du corps vers la rangée de devant. Pourtant, la danseuse et chorégraphe flamande Lisbeth Gruwez- Voetvolk sait y faire pour réveiller nos sens. L’ouïe est stimulée par deux rockers de part et d’autre  de la scène qui nous envoie leur dose de décibels à l’image d’une éjaculation musicale. La vue est cadrée par un éclairage… lire la suite


C’était le 19 juillet 2008. Des fillettes Roms sont retrouvées mortes, noyées puis allongées sur le sable. Nous étions près d’une plage de Naples. Recouvertes d’une couverture de survie à côté de baigneurs occupés à leur bronzage, l’image a fait le tour du monde. Ce fut un scandaleux enchevêtrement des corps qui glaça le nôtre. Cet événement m’est brutalement revenu lors de « Small Boats », chorégraphie du Britannique Russell Maliphant, créée en 2007 et présentée au Théâtre des Salins de Martigues, un samedi orageux de novembre dernier.

La Compagnie Tandaim m’avait délecté avec ses « Pièces de cuisine » (ensemble de 12 textes courts écrits pour l’occasion par des auteurs contemporains d’après une recette) puis avec « Ça me laisse sans voix », merveilleuse métaphore sur l’être humain. Raison de plus, pour faire le long chemin qui me sépare d’Avignon jusqu’au « Théâtre Durance » de Château Arnoux pour assister à « La seconde surprise de l’amour » de Marivaux où la metteuse en scène Alexandra Tobelaim décrit cette pièce comme «un jeu ouvert. Marivaux s’efforçait de… lire la suite