Partager l'article ! Au Festival d'Avignon, la réévolution de Wajdi Mouawad.: Harwan se lève du lit, téléphone, se couche, puis écoute de la musique sur son ord ...
Harwan se lève du lit, téléphone, se couche, puis écoute de la musique sur son ordinateur. Nous sommes invités dans la chambre d'un
étudiant libanais au Canada, plus proche de la cellule que de la cabane. Il tente de finir sa thèse, mais il bute sur la conclusion. Prisonnier d'un savoir qui lui échappe, dépendant d'un
directeur qui avance la date de sa soutenance suite au décès d'un étudiant (l'échafaud approche), loyal à l'égard d'un père qui mise tant sur lui, obéissant aux caprices de Robert Lepage (auteur
de théâtre canadien, sujet de la thèse), le voilà pris dans un étau : réussir, mourir, changer.
L'acteur et metteur en scène Wajdi Mouawad joue «Seuls » pendant deux heures, en slip avec ses
petits bourrelets, et fait exploser son art dans un chaos indescriptible. Ce soir, au Festival d'Avignon, nous assistons à la métamorphose d'un étudiant immigré libanais, d'un metteur en scène
montréalais d'adoption, du théâtre français. Rien que ça.
Quoi de
plus banal que la vie d'un thésard ou du moins ce que nous en savons ? Mais derrière les apparences, il y a dans le lien entre l'étudiant et la thèse (objet perdu de l'enfance?) un
enchevêtrement de signifiants que Wajdi Mouawad restitue avec intelligence et beauté. La tension lors de la première heure est tangible entre Harwan prisonnier de ses loyautés et la vidéo qui le
projette contre le mur (au sens propre comme au figuré). Plus souvent allongé que debout, la dynamite du changement se prépare et le public semble plus en arrière de la scène (tel un
psychanalyste) que face. Effervescence d'autant plus palpable que la technologie rationaliste montre ses défaillances à l'image de ce téléphone, à terre, omniprésent, tel un cordon ombilical dont
on perd le fil à force de s'y enrouler.
Vos prises de bec