Nos théâtres provençaux vont-ils bientôt se réveiller et arrêter de nous endormir avec leurs numéros de cirque et de foire dont la performance pour le spectateur consiste à bailler pour ne pas sombrer ? Ce soir, dans un Théâtre des Salins congelé, je m’interroge : pourquoi « ça »? En nous proposant trois moments (deux solos, un duo), on pouvait légitimement s’attendre à une diversité vivifiante en lieu et place de ces numéros qui nous enfoncent dans le vide par les bons sentiments et des formes esthétisantes qui courent après le sens.

Le premier solo de Chloé Moglia aurait pu suffire. « Nimbus » fragilise notre regard sur la performance où la force s’éclipse pour le doute, l’égarement, l’imaginaire. Elle arrive avec son échelle pour atteindre son trapèze. Je plonge dans un ailleurs fait d’équilibres, de fragilité, où la lumière suspend le corps. C’est un espace immatériel ouvert alors que le vide l’entoure. Elle déploie son corps pour se mouvoir dans des ouvertures symboliques qui font référence à la créativité en temps d’enfermement. J’aurais aimé une descente moins brutale alors qu’elle rejoint la scène. Je ressens un propos épuisé, là où les danseurs auraient exploré bien d’autres pistes.

Le duo qui suit, « Ali » avec Mathurin Bolze et Hedi Thabet, propose une performance entre deux hommes dont l’un est unijambiste. Vingt-cinq minutes d’escalades, de liens conflictuels et amoureux, de recherches d’articulations entre le 1 et le 2. C’est le handicap qui fait le spectacle et Mathurin Bolze s’appuie sur lui pour parler d’eux. La bête de foire ne tarde pas à émerger et faire rire le public tandis que les applaudissements ponctuent les performances. Face au chahut, les voilà contraints de faire un signe pour réclamer le silence. Je décroche rapidement dans ce zapping de numéros où l’autre différent n’est finalement réduit qu’à ce qui le handicape. Tout est effleuré avec pudibonderie et finit par produire un consensus mou. Il aurait fallu toute la poésie d’un Pippo Delbono pour oser faire du handicap, un travail du regard et non ce jeu de béquilles trop voyant qui masque cruellement le processus d’exclusion. Le « corps social » n’existerait-il donc pas? Le public, point dérangé dans ses certitudes, peut applaudir la paresse du propos.

Le dernier solo s’enlise dans le vide sidéral. « Croc » par la Compagnie Moglice, interprété par Mélissa Von Vépy consterne. Imaginez un énorme crochet industriel sur scène. La dame se l’empare, tourne autour, fait joujou et finit par totalement me faire sombrer. La forme phallique de l’objet réduit cette petite performance à un exercice de contritions. On en viendrait presque à regretter les godemichés de « Pâquerette » vus à Berlin. A Martigues, pays de Total, on se contentera du crochet. Pour le symbole, j’imagine.

Pascal Bély – www.festivalier.net

??????« Nimbus » par la compagnie Moglice – Von Verx

?????? « Ali » par la compagnie MPTA.

?????? « Croc » par la compagnie Moglice – Von Verx

Trois spectacles joués au Théâtre des Salins de Martigues le 12 décembre 2008.

Crédits photo: Arnaud Sardoy, Florence Delaye, Arnaud Sardoy.

A lire sur TELERAMA, la critique positive de Mathieu Braunstein.

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