En 2008, les metteurs en scène français ont salué l’anniversaire de la mort d’un auteur, sa naissance, les 40 ans de 1968, De Gaulle…Alors que le Festival d’Automne et d’Avignon programmaient le triptyque sur le pouvoir du flamand Guy Cassiers, notre théâtre hexagonal est resté bien silencieux sur le vacarme du monde et la crise des valeurs que nous traversons.

Seuls Joël Pommerat et son répertoire ont fait le tour de France des théâtres, servant de caution « politique » pour masquer la frilosité de certains programmateurs qui préfèrent maintenir leur public dans des schémas gauchisants dépassés plutôt que vers des paradigmes plus ouverts.

 

1- Thomas Ostermeier, « Hamlet », Festival d’Avignon.

2- Hubert Colas, « Chto, interdit au moins de 15 ans », Festival Actoral, Marseille.

3- Toshiki Okada, « Free time », KunstenFestivalDesArts, Bruxelles.

4- Beatriz Catani, « Finales », KunstenFestivalDesArts, Bruxelles.

5- Maarja Leena Junker , « Je suis Adolf Eichmann», Festival « Off » d’Avignon.

6- Alvis Hermanis, « Sonia », Festival d’Avignon.

7- Eva Doumbia, « ExilS4 », Théâtre des Bernardines, Marseille.

8- Joël Pommerat, « Pinocchio », « Je tremble (1) », Théâtre des Salins, Martigues / Théâtre du Merlan , Marseille.

9- Amir Reza Kootestani, « Quartet : A journey to north », KunstenFestivalDesArts, Bruxelles.

10- Arthur Nauziciel, « Ordet », Festival d’Avignon.


Thomas Ostermeier a provoqué la Cour d’Honneur d’Avignon avec un « Hamlet » (photo) suffocant, métaphore d’un système politique européen en totale déliquescence entre valeurs « bling-bling » et capitalisme finissant. Au festival Off d’Avignon, la presse française a quasiment ignoré la Luxembourgeoise Maarja Leena Junker qui, avec « Je suis Adolf Eichmann», a perturbé bon nombre de spectateurs en jouant avec les valeurs crétines de notre système médiatique. Eva Doubia avec « ExilS4 » démontra avec tact la crise identitaire de l’émigré d’aujourd’hui, du citoyen mondialisé de demain. Hubert Colas avec « CHTO, interdit au moins de 15 ans » fit résonner avec intelligence la voix d’une jeune tchétchène dans les rues de Marseille.

Hors de nos frontières, le théâtre a fait preuve de vivacité pour décrire notre époque et la crise des valeurs qui la ronge.  Amir Reza Kootestani avec « Quartet : A journey to North » nous plongea dans les paradoxes d’une société iranienne avec une mise en scène qui ne l’était pas moins. Le Létonien Alvis Hermanis, l’Argentine Béatriz Catani, le japonais Toshiki Okada ont, à partir d’un huit clos souvent étouffant, repéré avec justesse les limites d’un système familial et sociétal.

Mais pourquoi la société française est-elle à ce point absente de nos scènes ? Comment expliquer qu’un metteur en scène aussi talentueux qu’Arthur Nauziciel, partagé entre la France et les États-Unis, soit allé chercher comme réponse à notre crise un « Ordet », aussi beau soit-il ?

Je m’étonnais l’été dernier de la faiblesse du propos politique d’Avignon. En 2009, le théâtre pourra-t-il nous éclairer ?  À moins qu’il ne soit, lui aussi, en crise de représentation.

Pascal Bély

www.festivalier.net

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