Deux cambrioleurs (exceptionnels Gundars Abolins et Jevgenijs Isajevs) pénètrent dans l'appartement. Ils fouillent
maladroitement et tombent sur un pot de confiture. La gourmandise prend le pas et le doigt dans la gelée, nos hommes perdent de leur superbe machiste pour jouer aux enfants. En violant son
identité, l'un fait essayer à l'autre une robe puis s'assoit à table pour feuilleter l'album photo de l'absente. Tel un processus de transformation de la pierre en liquide, de l'horloge à la
cellule, Sonia se réincarne. Nous sommes dans un décor des années trente, mais la pauvreté de cette femme semble intemporelle. Nous la suivons de la cuisine vers la table puis de nouveau aux
fourneaux. Elle fait de beaux gâteaux qu'elle décore comme le plateau d'un théâtre de cabaret. Elle chorégraphie ses talents culinaires alors qu'elle fait danser un poulet, prêt à cuire, une
bouteille dans le derrière.
« Sonia » est une œuvre d'aujourd'hui. Parce qu'elle évoque l'Europe,
ces peuples de l'Est qui ont été écartés de ce projet politique pendant les années de plomb du communisme. Dans cette Europe à vingt-sept, le théâtre peut tous nous rapprocher, car « Sonia »
parle à chacun de nous. De pureté du sentiment amoureux, de sacrifice, d'obstination. Le théâtre d'Hermanis nous plonge dans nos premiers pas d'enfant alors qu'il n'est question que de vieillesse
sur scène. C'est le corps transformé, maculé qui charrie, véhicule notre désir de vie. Le texte accompagne, mais la voix (on parle doucement dans ce théâtre là), est celle du corps.© Christophe Raynaud de Lage.
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