Pour la critique de »Faune(s)  » d’Olivier Dubois, c’est ici.


Hier, « Le Tadorne » m'a offert une journée à ses côtés au Festival d'Avignon.
En dépit de ses m?urs grégaires, le Tadorne demeure farouche et cultive l'indépendance.
J'apprécie donc tout particulièrement d'être son équipière pour la journée.
Première étape : le Théâtre des Hivernales. La Compagnie Kubilai Khan Investigations présente « Gyrations of barbarous tribes« . Une heure de danse?
Nous sortons et ne parvenons pas à nommer ce que nous avons vu?.
Avec le recul d'une journée, je peux quand même détailler les faits : deux danseuses, quatre danseurs (dont le chorégraphe Frank Micheleti), trois musiciens, divers instruments de musique (percussions, table de mixage, violon, guitare électrique, bérimbau, balafon ou balle de tennis), deux paravents dorés seulement pour le décor, plusieurs rythmes dans la chorégraphie (vibrante jusqu'au paroxysme, organisée, déstructurée, organique toujours).
Pour le reste, on ne pas dire ce que l'on a vu.
Parce que ce que l'on a vu est trop beau pour être vrai.
Parce que ce qu'on a reçu ne peut être partagé.
Si la transmission a effectivement le beau rôle, comment décrire l'énergie, la joie, et le sentiment de liberté délivrés dans le spectacle ?

Alors même que ma journée de festivalière en herbe vient de débuter, je me demande comment je vais pouvoir poursuivre le programme prévu par Le Tadorne…!

Pas très bien hélas pour Christophe Huysman qui nous reçoit ensuite dans le cadre de La Chartreuse de Villeneuve-lès-avignon pour « La course au désastre« .
Il dit 53 de ses poèmes pendant que 759 de ses Polaroids, sont projetés derrière lui.
Débits rapides de la voix et des images, je ne parviens pas à m'imprégner de son monde. Car c'est bien de son intime dont il s'agit. Sans détours, par les paroles et par les images, Christophe Huysman donne à voir son mal être. Pour avoir vu et entendu sa souffrance, je ressens de la gêne.

Mais nous n'avons pas le temps de nous appesantir sur cette Course au désastre, déjà bien éprouvés, nous courrons retrouver le Sujet à vif, toujours dans le cadre du Festival d'Avignon.
L'endroit est délicieux, ombragé, et doux. Un certain apaisement me gagne. Et ô joie ! Le spectacle débute par une nouvelle chorégraphie de Frank Micheleti !
Il présente le solo d'un jeune danseur éthiopien : Junaid Jenal Sendi. Je perçois les lointains échos de Gyrations of barbarous tribes mais ne comprend pas le sens. A l'image du jardin de la vierge qui nous accueille, « Mondes, Monde » est agréable et rafraîchissant.  Je flotte hélas à sa surface sans pouvoir saisir son propos.

Après un bref entracte, l'imposant Olivier Dubois entre alors en scène avec sa dernière création, « Pour tout l'or du monde ».
Placide et encostardé, il dépose avec précision de longs tubes de métal sur le sol. Une fois l'espace délimité, il vient progressivement y danser.
Je retrouve l'esprit de dérision souvent ressenti ce matin. En plus ravageur.
Olivier Dubois ironise sur l'académisme de la danse classique, l'aspect torturé de certaines partitions contemporaines et sur le sensuel des chorégraphies du r'n'b.
Il est drôle et émouvant. Drôle, car il maîtrise à merveille les expressions de son visage et crée un décalage entre le sérieux de son langage et le ridicule de sa mise en scène. Émouvant, parce qu'Olivier Dubois est gros et qu'il nous dit : « Regardez mon corps, je peux tout danser ! »
Au-delà, il nous interroge. Qu'est-ce qui est ridicule ? Son corps ou les codes de la danse ?
Dans tous les cas, le spectacle d'Olivier Dubois est drôle et futé, tout ce que j'aime.

Après une pause pique-nique-détente sur l'île de la Barthelasse, nous assistons à la mort d'Eva Peron dans le cadre du Festival Contre ? Courant organisé par la CCAS.
Le génial Marcial Di Fonzo Bo interprète et met en scène les derniers jours de la Madone argentine. Comme le décrit le Festival: « L'icône adulée du peuple se transforme sous la plume de Copi en une harpie cruelle et vulgaire ».
Mais ses acolytes ne valent pas mieux, affreux sales et méchants, l'argent et le pouvoir les motivent. Seule la dévouée infirmière est animée d'un c?ur pur?
C'est laid et c'est beau en même temps et je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec l'univers d'Almodovar.

La journée s'achève et sa ligne directrice se dégage?il s'agit avec évidence de la mise à nu. Mise à nu des artistes et, dans le même temps, mise à nu des spectateurs.

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Le  bilan du Festival d’Avignon 2006, c’est ici!

Par thématiques, les articles du Festival d’Avignon:
« Les sublimes »
« Le théâtre des maux »
.
« Les mondes enfermants »
« Les hors-jeu »

Le palmarés du Tadorne du Festival d’Avignon:

« VSPRS »
d’Alain Platel.
« Paso Doble » de Josef Nadj et Miquel Barcelo.
« Combat de nègre et de chiens » de Koltès par Arthur Nauzyciel.
« Au monde » de Joël Pommerat.
« Human » de Christophe Huysman.
« Rouge décanté » de Guy Cassiers.

« Faut qu’on parle! » d’Hamid Ben Mahi et Guy Alloucherie, « Sizwe Banzi est mort » de Peter Brook, « Récits de juin » de Pippo Delbono et « Pour tout l’or du monde » d’Olivier Dubois.

« La tour de la défense » et « Les poulets n’ont pas de chaises » de Copi par Marcial Di Fonzo Bo.
« Les marchands » de Joël Pommerat.

« Chaise », « Si ce n’est toi » et « Le numéro d’équilibre » d’Edward Bond.
« Les barbares » d’Eric Lacascade.
« Pluie d’été à Hiroschima » d’Eric Vigner.

« Asobu » de Josef Nadj.
« Mnemopark » de Stefan Kaegi.
« La poursuite du vent » par Jan Lauwers.
« Battuta » de Bartabas.
« Mondes, Monde » de Frank Micheletti.
« Journal d’inquiétude » de Thierry Baë.
« Depuis hier. 4 habitants » de Michel Laubu.

« La course au désastre » de Christophe Huysman.
« Gens de Séoul » de Frédéric Fisbach.


En bons derniers…
« Sans retour »
de François Verret
« Mozart et Salieri »
et « Iliade Chant XXIII » par Anatoli Vassiliev.
« Ecrits de Jean Vilar » par Olivier Py.

« Le bazar du Homard »
par Jan Lauwers.

 

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