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Dimanche 23 juillet 2006
Il est 22h30 au Cloître des Célestins. La chaleur est étouffante. Comme si de rien n’était, Dirk Roofthooft se prépare dans un coin de la scène. Il porte une veste en laine. Il rappe sa voûte plantaire en émettant des petits grognements. La lumière s’éteint sur le public. Cet acteur exceptionnel découvert l’an dernier avec Jan Fabre, va bouleverser le public avec un monologue de plus d’une heure trente. « Rouge décanté » est adapté du livre éponyme autobiographique de Jeroen Brouwers « qui raconte les deux années passées avec sa mère et sa grand-mère en Indonésie dans le camp d’internement japonais de Tjideng (actuelle Djakarta) où ont été parqués les citoyens hollandais entre 1943 et 1945 ». Il avait cinq ans au moment des faits. À la mort de sa mère qu’il ne voit plus, il en a quarante. Il commence alors d’incessants allers – retours entre les images de ce camp, ses ressentiments envers sa mère et son amour pour Lisa qui vient de mettre au monde sa petite fille. Cet homme libère cette parole, relie passé, présent, futur pour se retrouver. Il s'est longtemps perdu dans un espace vide où le beau n’existe pas, où la fonction maternelle fait souffrir, où la terreur de ses cinq ans s’est transformée en refoulements. Les atrocités vécues dans ce camp l’ont éloigné durablement du sublime, des émotions alors que sa femme vient d’accoucher. Face à nous, cet homme se reconstruit. Les transformations de l’espace scénique l’accompagnent dans ce cheminement. Du petit coin où il vit  reclus au début du monologue, il se lève pour affronter son passé. Le décor suggère le camp avec des petits bassins comme les rues de Djakarta. Il doit regarder cette réalité. Se regarder. C’est alors qu’il nous tourne le dos ; son visage se projette sur un écran en lamelles de bois qui s’ouvrent et se ferment, entre conscience et inconscience. Le décor parle aussi, se teinte de rouge et de blanc pour décanter la mémoire. Les caméras disposées aux quatre coins de la scène ne le lâchent pas comme pour mieux le soutenir dans sa démarche. Elles l’accompagnent comme un thérapeute. Elles lui renvoient son image, à partir d’angles de vues nichées au fond de son inconscient. Guy Cassiers ose créer un petit  espace scénique où l’acteur revit une scène sexuelle entre fantasme, rêve et réalité. La projection de son ventre se superpose sur son visage resté figé sur le grand écran. Il revient dans le ventre de sa mère. Magnifique. Sublime. 

Je reste accroché à ses lèvres comme suspendu à sa mémoire qui devient la notre. Comment de telles atrocités ont-elles pu se commettre ? Pourquoi l’humanité perpétue-t-elle encore aujourd’hui des crimes contre l'humanité? Dirk Roofthooft est Jeroen Brouwers. Mais il incarne bien plus que l’auteur. Son jeu transmet  au public cette mémoire, comme un bien commun, pour ne rien oublier. Il donne à voir ce qu’un homme peut faire pour revenir sujet : affronter le passé, le parler, ritualiser pour retrouver le sens et les sens.
En offrant à Guy Cassiers la scène du Cloître des Célestins,
le Festival d’Avignon a vu juste. Il décante l’histoire universelle pour faire remonter à la surface de l’art théâtral un texte qui ne sera plus jamais enfoui sous le poids du déni.




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"Les marchands" de Joël Pommerat.

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"Mondes, Monde" de Frank Micheletti.
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"La course au désastre" de Christophe Huysman.

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par Jan Lauwers.

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