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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /2006 20:12

Il y a d’abord un décor le plus original jamais vu jusqu’à présent : six alcôves, un dispositif bi-frontal et un plateau style pop-rock des années 70. Je suis au Cloître des Carmes pour « Pluie d’été à Hiroshima » du metteur en scène Éric Vigner. En réalité, deux oeuvres nous sont proposées l’une après l’autre : « Pluie d’été » et « Hiroshima mon amour » de Marguerite Duras.
Cette « Pluie d’été » est inoubliable ! Six jeunes comédiens fougueux déclinent avec ravissement le texte de Duras. Je me surprends de les suivre du regard comme si je découvrais un nouveau monde. Car, je dois bien l’avouer, je n’ai jamais été un lecteur de Marguerite Duras par peur d’approcher son écriture. Or, Éric Vigner désacralise Duras pour la mythifier. Le décor y contribue (nous sommes dans un ailleurs) et le jeu des acteurs est sublime parce qu’ils font des mots de Duras une sorte de musique qui m’enveloppe.
Voir et entendre Nicolas Marchand (à droite sur la photo) dans le rôle d’Ernesto procure du plaisir. Je souris avec lui, avec eux. À dix ans, il ne veut plus aller à l’école « parce qu’à l’école, on m’apprend des choses que je ne sais pas ». C’est à partir de cette phrase paradoxale que gravite l’univers d’Ernesto et de sa famille. Ils construisent ensemble une réalité qui nous élève. D’ailleurs, nous devons lever la tête pour voir le jeu. Ernesto est cet autre que nous aimerions être. J’ai profondément aimé ce moment de théâtre parce qu’il donne des sensations physiques et mentales proches de l’extase. Comment voulez-vous que j’écrive là-dessus!
Je n’ai pas le temps de me reposer que le deuxième texte de Marguerite Duras se joue. « Pluie d’été à Hiroshima » commence alors que je pense au devenir d’Ernesto.
Elle, c’est Jutta Johanna Weis, la Française de Nevers tondue en 1945. Lui, c’est Atsuro Watabe, le Japonais qui a survécu au bombardement sur Hiroshima. Ils se cherchent en tournant autour de la scène. Ils dialoguent via une bande-son. Je m’étonne de cette mise en scène qui n’apporte rien au texte de Duras, mais qui le rigidifie dans un jeu ampoulé. Puis ils se parlent en face à face. Je comprends difficilement Asturo Watabe (comme s’il machait un chewing-gum) ; je m’agace à voir cette actrice française s’exprimer comme une bourgeoise qui aurait perdu son sac à main au Monoprix du coin. Pour en rajouter dans le grotesque, la mort rode, symbolisée par des comédiens qui portent des serpillières noires où pendent de chaque côté des lumières. C’est laid et ridicule. Mes voisins souffrent. Je piétine. C’est un massacre qui dure quarante-cinq minutes.  Je ne m’explique pas cette erreur de mise en scène. Éric Vigner a-t-il été aveuglé pour ne pas voir l’absence totale de crédibilité de ces deux acteurs?
Le public applaudit chaleureusement les six comédiens de « Pluie d’été ». Nous leur signifions qu’ils ne sont pour rien dans ce qui a précédé. Ernesto ne peut sauver ces deux acteurs en perdition. Il a déjà assez à faire avec nos désirs.

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