C’est toujours troublant une dernière journée au Festival d’Avignon, où l’esprit flotte, le corps chancelle…

Elle débute par la conférence de presse de bilan de la 65ème édition. Elle permet de repérer le niveau de «jeu» entre la direction du festival (Hortense Archambault et Vincent Baudriller), le public et l’artiste associé (Boris Charmatz). Celui-ci se montre bien peu prolixe sur son bilan, donnant l’étrange sensation qu’il avait eu ce qu’il voulait. De son côté, la Direction préfère rapidement laisser la parole au public comme s’il y avait urgence à entendre  » la vox populi« . Des questions sur les conditions matérielles d’accueil ont dominé les échanges («il faudrait apporter le même soin aux gradins que celui prodigué à la scène»). Des clivages apparaissent encore entre Avignonnais (accusés d’avoir un accès privilégié à la billetterie) et le reste de la population, entre le Off et le In. Finalement peu de retour sur les propositions, mais un hommage appuyé à la Maison Jean Vilar (lieu qui rassemble), le Cinéma Utopia et le Théâtre ouvert. La diversité des esthétiques artistique semble ne plus questionner et je finis par m’ennuyer lors cet exercice trop convenu.

 

Pour clore le festival…

Direction la salle Franchet où Tino Sehgal propose depuis le 8 juillet de 12h à 18h, «This situation», une performance totalement jubilatoire. Pensant entrer dans une salle d’exposition, je suis d’emblé sidéré : le public est assis par terre contre les murs et assiste un brin interloqué à un «théâtre des idées» où six personnes debout ou couchés philosophent tout en chorégraphiant la dynamique de leur pensée! Tel un jeu, un «acteur» lance le dé (« quelqu’un a dit?») et le groupe poursuit la partie. Mais tout s’arrête dès qu’un spectateur entre dans la salle?Ainsi, le public régule le débat, redonne de l’énergie aux mouvements. Il arrive qu’il participe pour ouvrir et éviter un entre soi entre chercheurs.

Pris dans cette dynamique répétitive, je me lève, m’assois, n’en perds pas un du regard. Mon corps est écoute, inclut dans un espace où la pensée est un mouvement artistique permanent dans un « ici et maintenant » ouvert où la tendresse est infinie envers celui qui ose penser la complexité du monde. Probablement l’une des performances les plus stimulantes de ma trajectoire de spectateur.

Pour clore le festival…

Je  suis donc totalement prêt pour «Fase, four movements to the music of Steve Reich». Cette pièce d’Anne Teresa de Keersmaeker fut créée en 1982 et présentée au Festival d’Avignon en 1983. Presque trente ans après, ces quatre tableaux musicaux et chorégraphiques n’ont pas pris une ride. De vraies « danses libres » où le duo formé avec Tale Dolven explore avec brio la musique répétitive de Steve Reich. Déjà mis en mouvement par Tino Sehgal, mon regard ne perd rien. J’entre moi aussi dans cette danse avec ma virtuosité, celle d’un spectateur nourri par trois semaines de festival : «Piano Phase» me rappelle la transe de Meg Stuart dans «Violet» ; «Come out» me guide vers les mouvements vitaux d’Angelica Liddell ; «Violin Phase» m’évoque la spirale de la vie de Thierry Thieû Niang dans «du printemps» ; «Clapping music» me plonge dans des déplacements insensés, où le corps se casse, se plie, se déploie et change. A l’image d’une traversée festivalière. «Fase» est une chorégraphie pour spectateur reliant?
Pour clore le Festival?
Boris Charmatz nous donne rendez-vous à minuit trente pour une « ‘bataille » avec le cornettiste Médéric Collignon. Entre duo et duel, les deux artistes s’écoutent, improvisent et nous offrent un feu d’artifice musical et corporel, le tout ponctué de références à la programmation du festival. Médéric Colligon est extraordinaire : délaissant son instrument, il s’abandonne pour créer les sons à partir de son corps, entraînant dans cette symphonie déjantée un Boris Charmatz pris dans cette tourmente créative. Peu à peu, l’improvisation fait émerger une forme totalement inédite: c’est par la danse que le corps est musique ; c’est avec leurs langues et leurs doigts dans la bouche que la performance atteint des sommets de drôlerie et de virtuosité.
Puis, le final est miraculleux: j’ai commencé le festival le 6 juillet à 15h, avec « Petit projet de la matière» d’Odile Duboc dansé par des élèves du quartier Monclar. Je le clôture à 1h30 du matin le 25 juillet avec une danse d’Odile Duboc par Boris Charmatz sur une partition musicale corporelle de Médéric Collignon. La traversée s’arrête là : «Rien ne laissait présager?» this situation.
En Fase 
Pascal BélyLe Tadorne. 
« Fase » d’Anne Teresa de Keersmaeker du 24 au 26 juillet 2011. 
« This situation » de Tino Sehgal du 8 au 24 juillet 2011.

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