Pour certains d’entre nous, l’écologie s’inscrit dans un imaginaire. Le vert symbolise le propos politique ; le bleu, une planète propre. La métaphore est souvent utilisée pour donner la vision globale, nous alerter qu’un « battement d’ailes de papillon » peut provoquer une catastrophe. La phrase de Jacques Chirac (« notre maison brûle et nous regardons ailleurs ») résonne encore, tandis que Yann Arthus Bertrand use des vues aériennes pour nous faire rêver tout en dénonçant notre incapacité à produire autrement qu’en épuisant les ressources.  Dans ce contexte, l’écologie a-t-elle toujours besoin des artistes pour amplifier le discours et ses métaphores ?

Elle peut compter sur la compagnie « Le bruit des images » qui avec « le balayeur céleste » (« hara-kiri écologique pour trois interprètes, 8 tourne-disques et quelques mètres cubes de déchets plastiques ») nous a offert un beau moment de propagande écolo. Présenté au 3bisF (lieu d’art contemporain niché au coeur de l’hôpital psychiatrique Montperrin, le 3bisF, à Aix en Provence), les patients ont joué la voix off de tant de spectateurs désemparés.

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La maison qui ne brûle pas encore est au centre de la scène. Nous la voyons à peine. Mais nous regardons déjà ailleurs, vers cet homme en combinaison, qui sort d’un tonneau. Il a peut-être été jeté à la mer à partir d’un bateau qui partait à la découverte d’un nouveau continent. C’est notre Robinson ; serions-nous son Crusoé ? Allez savoir. La scène est une jolie voie lactée où notre homme en déséquilibre, passe d’une rive à l’autre. Les vieux tourne-disques s’éclairent à tour de rôle. La  «voie » est musicale ; notre terre est encore loin, mais l’utopie est là. Simple et efficace. Mais voilà que le centre de gravité se déplace vers notre « maison container » où un homme et une femme se débattent avec des bidons en plastique. Le cycle « pollueur – pas payeur » se met en place et cela devient vite infernal. Après vingt minutes de spectacle, le « disque » est déjà rayé. Un spectateur, à la démarche hésitante, s’en va. Nous le suivons du regard tandis que la scène s’éloigne de nous. La poésie du début n’est qu’une métaphore usée jusqu’à la corde. Au moment où les deux acteurs endossent une combinaison rouge, un patient s’exclame: « tiens, c’est Total ». Rire dans l’assemblée. Les bidons n’en finissent plus d’être jetés au dehors de la maison pendant que notre Robinson s’empresse de les redonner à l’envoyeur. La mise en scène colle au propos (où allons-nous alors que le plastique envahit tout ?) et s’enferme dans un langage qui puise ses ressorts dans un imaginaire publicitaire. C’est alors qu’un troisième patient lâche: « chaussée aux moines ».

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La tension est  palpable entre la scène et le public comme si nous assistions impuissant à une ?uvre qui parle trop (alors que les acteurs sont muets), à notre place (à l’image d’un micro que l’on nous aurait enlevé) pour imposer un message que personne n’oserait contester. C’est un théâtre de séduction, où la musique colle comme un bonbon acidulé à la fraise pour servir la communication d’une noble cause.

Sauf que l’écologie est politique ; elle soutient notre émancipation (à la différence notable d’autres idéologies qui visent la soumission du peuple).

Sauf que « le balayeur céleste » enferme le spectateur dans un prêt « à penser » et « à voir » particulièrement fragile.

Cette oeuvre  sympathique, au croisement du cirque, de la danse, de la  musique et du théâtre, métaphorise le vide idéologique de notre époque. Mais nous sommes suffisament fous pour ne pas tomber dans le panneau, fût-il en plastique de toutes les couleurs.

Pascal Bélywww.festivalier.net

« Le balayeur céleste » de la compagnie « le bruit des images » a été présenté au 3bisF d’Aix en Provence les 27, 28 et 29 mai 2010.

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