En ce samedi ensoleillé, le village de Fuveau près d’Aix en Provence, résonne de cris d’enfants et de sons du bout du monde. On danse sur la place, on joue avec des morceaux de bois, on modèle, on pétrit. Le festival « Des étoiles plein la malle« , organisé par un collectif de parents, accompagne les éducateurs du jeune enfant à faire entendre une musique différente de celle du divertissement « industrialisé » proposé par la télévision et les parcs de loisirs.  Alors que je déambule dans les rues du village, je ressens tous ces enfants sous ma responsabilité?

Nous sommes nombreux à nous rendre à l’école primaire pour le spectacle « p’tites formes pour p’tits bouts » de Charlotte Smither. En entrant, elle dort recroquevillée dans sa roulotte en bois. Elle ne tarde pas à se réveiller pour emmener parents et enfants au coeur d’une épopée poétique en pays fraternel. Car la fraternité ne se décrète pas et le rôle de l’artiste auprès du tout-petit est peut-être là : le guider à ressentir ce lien puissant, mais fragile, lointain et pourtant accessible, mais qui lui donnera l’énergie pour appréhender avec sécurité les aléas d’un monde ouvert et multiple.

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Cette roulotte est notre espace de divagations qui permet à Charlotte Smither de créer un univers entre sommeil et éveil, entre terre fleurie et ciel d’étoiles, entre paroles « espérantées » et danse des profondeurs de l’âme. Elle fait l’éloge de la lenteur (celle du temps nécessaire à l’émerveillement), joue avec l’espace pour nous faire tourner la tête, et s’illumine de petites lucioles pour nous redonner espoir alors que tant de bruits nous aveuglent. Les enfants crient parfois, ensorcelés par sa danse. Car ce voyage au c?ur de l’Europe (il fait penser aux déplacements du peuple tzigane, berceau de notre culture métissée) n’est pas de tout repos : il faut partir, rester un peu, puis s’en aller à nouveau. Elle n’a pas de papier, si ce n’est cette carte postale d’un amoureux transi, qu’elle nous tend comme un geste d’amour.

Charlotte Smither réussit à réunir parents et enfants dans un lien qui va bien au-delà de se divertir ensemble : elle nous projette pour illuminer notre conscience collective d’êtres solidaires.

Parents, artistes, professionnels : unissez-vous. C’est avec des petits bouts que l’on construit les grandes roulottes pour nos migrations fraternelles.

Pascal Bély, le Tadorne

« p’tites formes pour p’tits bouts » par la Compagnie Bout d’Ôm a été joué le 5 juin 2010 à Fuveau (13) dans le cadre du festival « Des étoiles plein la malle ».

 

 

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