Quel bonheur d’avoir croisé le chemin d’Alexandre Castres, lors du Festival « Uzès Danse », avec sa création « Monsieur Zéro, famous when dead » créée dans le non moins select « Festival Temps Image » à La Ferme du Buisson !

Assis sur sa motte de terre, à pleurer son chien enterré, Monsieur Zéro cherche un projet pour nous proposer un spectacle. Il fouille, voit une idée germer, l’attrape et nous la formule : « je vais m’amuser à mourir ». Alliant vidéo-projections et mouvements, Olivier Castres nous emmène sur le terrain de la farce burlesque. Un parfum de Pippo Delbono flotte alors sur la scène…

Il saisit au bond toutes les facettes de l’absurde en nous comparant aux papillons, êtres éphémères qui peuplent nos jardins. Si notre fin est celle-ci, pourquoi se donner la mort ? En jouant différentes scènes de suicide, Alexandre Castres nous amuse et démontre l’absurdité de vouloir mettre fin à sa vie : « Même si la vie n’est pas drôle tous les jours, n’est-il pas bête de théâtraliser sa mort ? ». S’ôter la vie, même pour participer à un jeu de téléréalité intitulé « Night Shot » avec pour générique « Personal Jesus » des Depeche Mode, chanté en personne par Alexandre Castres, reste incohérent !

C’est alors que résonne la musique du film « Eyes Wide Shut » et nous voilà confrontés à l’image du suicidé par asphyxie. Moment d’une poésie suprême durant lequel l’homme se retrouve face à lui même, égoïste, s’ôtant le dernier souffle de vie en plongeant sa tête dans la terre comme pour s’enterrer et rester maître de son « après ».

Au travers de ses péripéties, Monsieur Zéro nous démontre que trop en faire en se donnant la mort empêche l’être de mourir proprement. Qu’allons-nous laisser alors comme image de notre personne ? Formulation absurde puisque si nous ne sommes plus, nous n’existons plus et notre image finit par s’effacer de la mémoire des connaissances.

Mais quand je n’existe plus, qu’est-ce qu’il advient pour mon être? Rien, le vide, le néant. Mais pourquoi ne plus vouloir être ? L’existence mène à la résistance. Résister à ne pas vouloir penser que l’on va oublier. Vivre.

Teinté de philosophie, le conte qu’Alexandre Castres nous a dévoilé est d’une poésie, d’une justesse absolue et aussi burlesque que notre vie. À travers ses yeux, je vois pointer une féroce envie de vivre et de rire aux éclats.

Alexandre Castres est un artiste en devenir.

À suivre de près, voire de très près.

Laurent Bourbousson – www.festivalier.net

?????? « Monsieur Zéro, famous when dead » d’alexandre Castres a été joué le 18 juin 2008 dans le cadre du Festival Uzès Danse.

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