Les chorégraphes belges font maintenant partie de la famille des amateurs de danse contemporaine. On reconnaît leur démarche, leur posture, leur engagement à nous accompagner dans la postmodernité. Nous avons confiance en eux depuis le temps qu’ils bouleversent notre regard sur le monde et nos habitudes de spectateur. Les Belges sont de notre époque et portent les nouveaux paradigmes.

Sidi Larbi Cherkaoui est de ceux-là. Avec « Origine », il poursuit le travail de son collègue Koen Augustijnen qui avec « Import / Export » nous gratifiait déjà l’an dernier d’une vision pour le moins percutante de la mondialisation. Ici aussi, l’orchestre joue une place prépondérante, une musique en toile de fond qui soutient le mouvement des danseurs. Pour cela, il convoque des femmes, poètes religieux du VIIIème et  XIIème siècle (l’Allemande Hildegarde de Bigen et l’Irakienne Rabi’a al-Adawiya) accompagnées de chants traditionnels maronites et Syriens. Pour reprendre les propos du sociologue Michel Maffesoli dans son dernier ouvrage, ( « Iconologies. Nos idol@tries postmodernes » chez Albin Michel) on aurait aimé qu’« Origine » « réordonne l’avenir à partir du passé, et ce, en s’appuyant sur une pensée du
présent
 ». Or, si l’impression immédiate d’après-spectacle est positive, l’?uvre ne résiste pas à une mise à distance.

 

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Ils sont quatre danseurs, symboles de la diversité culturelle, habités par différents personnages que l’on pourrait rencontrer aux quatre coins de la planète. Souvent seuls,  emprisonnés dans leur précarré, sans lien social, enfermés dans le couple, violentés par des systèmes totalitaires, métamorphosés par les coups de bistouri du commerce du corps, tout y passe. Les allers-retours entre l’intime, la relation, le contexte global sont incessants et confèrent à la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui une impression de mouvement, comme des effets d’images du logiciel Google Earth. Le décor compartimenté trouve ses ouvertures par des jeux d’ombres et de  lumières qui se prolongent dans des espaces imaginaires. Comme dans « VSPRS » d’Alain Platel, les chanteuses rejoignent les danseurs pour y insuffler de la compassion, une enveloppe d’empathie. Tout est lié et le corps dansé est le vecteur de ces emboîtements,  où la relation de couple entre en résonance avec la mondialisation des échanges des biens et des personnes.

Mais à trop vouloir dénoncer ce que finalement nous savons déjà, Cherkaoui trébuche lorsqu’un homme, debout sur une carte routière en papier, se voit envahi par des poubelles. Ce n’est pas le propos qui est en cause, mais la forme. Le trait, grossi, fait sourire face à tant de naïveté artistique !  « Origine » surprend après coup : Sidi Larbi Cherkoaui perçoit la mondialisation avec une approche très linéaire et réductrice. Il grossit différentes cases « locales » pour qu’un effet de loupe suffise à donner les propriétés du « global ». Il multiplie les éclairages, mais n’illumine plus, comme s’il ne pouvait restituer sur scène la complexité du monde. Sa pensée d’aujourd’hui s’appuie sur une mythologie passée qu’il peine à actualiser pour appréhender les enjeux. Il ne surprend plus. On applaudit, car « Origine » rassure dans nos inquiétudes, mais c’est un  beau sur-place. Pendant ce temps, d’autres artistes guident les spectateurs vers de nouveaux espaces pour penser autrement les changements d’échelle.

La danse de Sidi Larbi Cherkaoui s’est soudainement standardisée. C’est un des effets de la mondialisation, mais ce n’est pas la mondialisation.

Pascal Bély.

 ?????? « Origine» de Sidi Larbi Cherkaoui a été joué au Théâtre de l’Olivier à Istres le 14 mai 2008.


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Quelques artistes Belges sur le Tadorne:
Sidi Larbi Cherkaoui avec « 
Zero Degrees« 
Alain Platel et « 
VSPRS« .
« Import Export » de Koen Augustijnen.
Anne Teresa de Keersmaeker, « Steve Reich Evening »

Johanne Saunier et Jim Claybourg avec « Erase-E (X) parts 1,2,3,4,5,6« .
Isabelle Soupart avec « 
K.O.D » et « In the wind of time« 


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