Ma migration vers Montpellier Danse touche à sa fin: l’hommage à Dominique Bagouet a illuminé cette édition tandis que le Festival de Marseille célèbre les vingt ans de l’oeuvre de Daniel Larrieu (« Waterproof ») et  le vingtième anniversaire de la compagnie de Michel Kelemenis. Comme un réflexe vital, ces deux rendez-vous se tournent vers le passé pour penser l’avenir d’un art toujours plus fragile. Avec Dominique Bagouet,c’est aussi l’épidémie du sida qui s’est invité dans la programmation (Robyn Orlin, Raimund Hoghe) comme pour mieux rappeler la fonction destructrice et régénérante qu’elle a eue sur la danse.
Ces deux festivals ont permis à trois chorégraphes français de présenter leurs dernières créations. Les ressemblances sont troublantes: Angelin Preljocaj avec «Sonntags Abschied », propose une danse groupale pour le moins enfermente tandis que Mathilde Monnier et son «Tempo 76» choisit une danse collective destructurante (prémonitoire?). Quant à  Michel Kelemenis, il articule le duo avec le groupe dans «Pasodoble». Dans ces trois spectacles, la mise en espace, souvent très raffinée, réjouit le spectateur mais masque la danse comme si ces artistes «institués» s’en remettaient aux formes groupales fermées comme un refuge protecteur. On cherche l’audace, la prise de risque. On ne trouve qu’un monde replié même si les scénographies laissent penser le contraire. Est-ce en lien avec un contexte politique qui enferme progressivement la culture dans un processus de marchandisation ? On peut malgré tout être rassuré sur la viabilité économique de ces oeuvres, appelées à tourner et à assurer la billetterie dans des structures de plus en plus imposantes (cf. les salles qui poussent comme des champignons, tel le Grand Théâtre de Provence d’Aix).
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C’est dans ce contexte que «Pasodoble» de Michel Kelemenis présenté au Théâtre de la Criée de Marseille déçoit alors que sa dernière création, « Aphorismes géométriques » était un chef d’oeuvre. On est d’autant plus frustré qu’un collectif semble s’être constitué autour de cette production : Agatha Ruiz de la Prada, nom prédestiné, s’est particulièrement investie dans la création des costumes ainsi que l’orchestre TM+ (présent dans la fosse) a joué les compositions de Philippe Fénelon créées pour la circonstance.
Nous voilà donc propulsés dans l’arène, lieu par excellence des jeux d’alliance et de coalition. C’est là qu’un duo de danseuses (magnifiques Caroline Blanc et Virginie Lauwerier) se fond au milieu d’un quartet masculin (assez uniforme et très décevant) pour jouer au chat et à la souris (sauf que la bête a un peu grossi, genre taureau très élégant!). Ces rituels sont le plus souvent accompagnés d’une danse sans surprise, comme inspiré d’un ballet classique, avec ses codes collés à l’imaginaire collectif de la corrida. La dramaturgie se perd dans des effets de pure forme où les passages du solo, au duo puis au groupe s’enferment dans des schémas linéaires.
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Pour m’échapper, je me décentre vers les coulisses de l’arène (subtilement séparés par de très fines lamelles de tissu) : il s’y joue l’implicite, ce que l’on ne voit pas sur scène. Je cherche le mouvement qui transcende ce lieu circulaire pour ressentir une force poétique capable de dépasser ces jeux sans importance. Les deux danseuses portent le projet de transformer l’arène en espace élargi (réminiscence des «Aphorismes géométriques»?) tandis que le quartet masculin semble subir, suivre. Le tableau final où la scène est recouverte d’un tissu noir aurait pu ouvrir : il enferme les danseurs dans des envolées qui tombent à plat. Allongés les uns à côté des autres,  les corps semblent ne plus rien avoir à nous dire, prisonnier de ce beau divertissement.
« Pasodoble » est une oeuvre triste. Je n’ai jamais aimé la mise à mort et les coeurs d’Agatha Ruiz de la Prada n’y peuvent rien.
Pascal Bély
www.festivalier.net

 « Pasodoble » de Michel Kelemenis a été joué le 30 juin 2007 dans le cadre du Festival de Marseille.

Crédit photo: Mathieu Barret.

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