KOD-6.jpg« Hamlet revisited ». Tel est le slogan qui termine la présentation écrite de « K.O.D ». (Kiss of Death) d'Isabella Soupart proposé au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles. Cette création s'inscrit dans le prolongement d'« In the wind of time », franc succés de l'édition 2005. Isabella Soupart aurait pu innover dans la continuité de sa recherche, mais elle répète à l'infini ses nouveaux langages faits de mouvements chorégraphiques transversaux, de sons verticaux qui nous tombent dessus, d'images vidéos surplombantes censées nous donner un métacontexte. Ces enchevêtrements auraient pu faire de cet « Hamlet » revisité une fresque moderne. Ce n'est finalement qu'une mosaïque où les formes prennent le pas sur le fond, un labyrinthe où se perd le spectateur tant la multiplication des langages superpose au lieu de relier, à l'image d'une société médiatique toujours prompte à créer de nouveaux outils de communication sans que le sens en émerge.
C'est ainsi que « K.O.D» entretient avec le public un lien d'une extrême verticalité : dès qu'elle arrive à la limite d'un langage, Isabella Soupart nous en propose un autre sans que nous ayons la possibilité de nous approprier sa recherche. Le temps est en accéléré à quelques rares exceptions près, le temps d'une chanson. Le spectateur peut se ressentir en dehors, presque infantilisé et dans l'impossibilité de lâcher-prise. Bombardé de vidéos (d'une beauté troublante quand elle retransmet des visages en gros plan), de trouvailles sonores (souvent intelligentes), de sous-titres (bravo aux traducteurs), de danses (genoux à terre?un peu limité et surtout déjà vues dans « In the wind of time »), je finis par m'amuser de toute cette excitation. Isabella Soupart semble boulimique de métaphores, dépassée par la complexité qu'elle créée en faisant jouer par deux hommes le rôle d'Hamlet, en multipliant les scènes dans un même espace comme si l'une devait s'expliquer par l'autre. Elle finit par nous proposer une vidéo qui réinvente un autre décor comme si « l'ici et maintenant » ne suffisait pas : il est vrai que les objets (tables,sièges de bureau et mobilier d'Ikea) réduisent la danse, entravent le lien entre les personnages et le public. Relier le texte de Shakeaspeare avec les bribes d'interviews issus de documents de l'ex-union Sovétique n'est plus qu'un effet de style. Sortis de leur contexte, ils en perdent le sens tel un vulgaire « copier-coller » très prisé par les publicitaires. Cet « Hamlet » là n'éclaire plus : tout s'additionne, rien ne se multiplie?

Isabella Soupart finit par jouer ce qu'elle voulait dénoncer. Pour asseoir son pouvoir d'artiste tout puissant face à un public déboussolé, elle manipule les formes, décontextualise les écrits de l'histoire, recycle les symboles de la littérature. Pris à ce jeu, « K.O.D » devient un agréable moment de divertissement, très tendance et visuellement impeccable… Nous sommes loin de l'esprit « Kunsten ».

Pascal Bély
www.festivalier.net

?????? « K.O.D. (Kiss of Death) » d’Isabella Soupart a été joué le 16 mai 2007 au KVS – BOX dans le cadre du KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.

Crédit photo : (c) Sarah Van Marcke

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