« Afropéennes » d’Éva Doumbia sera joué à Marseille, du 3 au 7 avril 2014 au Théâtre des Bernardines. Nous avions vu et beaucoup apprécié ce spectacle au dernier festival d’Avignon. Par les mauvais temps qui courent, il ne faut pas le manquer.

Où s’entend la question noire dans ce pays ? Mais quelle question, a-t-on l’habitude de rétorquer, comme si la diversité en France était au mieux folklorique, au pire une entrave au bien vivre ensemble. Et pourtant…De dérapages télévisés en lapsus politiques, le refoulé colonial se rappelle à notre mauvais souvenir, sans qu’il n’y ait finalement grand monde pour s’en offusquer.

Comment s’entendre ? Comment s’en parler ? Une fois de plus, le théâtre s’empare du jeu pour nous y inclure et faire son travail de mots, de gestes émancipatoires et de mouvements dé(re)foulés. Le spectacle « Afropéennes », fruit de deux nouvelles de Léonora Miano (Blues pour Elise et Femme in a city) permet à la metteuse en scène Éva Doumbia de révéler la liberté de parole de la femme noire en France, et d’éclairer de multiples couleurs nos visions étriquées.

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C’était au dernier Festival d’Avignon. Dans la bien nommée, salle des Hauts Plateaux. Le public pénètre au WaliBlues, cabaret à l’enseigne rouge lumineuse. Pour quelques-uns, nous sommes invités à prendre place au plus près des artistes, à table, à gauche et à droite du plateau.Nous aurons doit à des soins tout particuliers à partir de mises en bouche épicées. À la manière d’une cartomancienne, la serveuse du lieu s’approche de nous, figure des Biger than Life, dont nous allons faire connaissance tout au long de la soirée. Elle  prend à partie l’une des convives sur sa couleur de peau, de l’envie d’être plus blanche que noire, de se confondre, et de se fondre dans la blancheur immaculée de son environnement.

Nous basculons dans le néo-réalisme. Sans jamais dénoncer gratuitement, Éva Doumbia nous plonge dans la vie des afropéennes, africaines de cœur, européennes de sol. Un entre-deux dans lequel se glisse toujours le regard du blanc. Alors que le colonialisme a pris fin depuis le milieu du 20e siècle, il continue de se nourrir de nos représentations du noir traversées par Joséphine Baker et sa ceinture de bananes, par le phénomène de foire de la Vénus Noire, et tous les préjugés raciaux mis à jour par les mots de Léonora Miano, double de Toni Morrison pour les afro-européens.

À les entendre entonner l’hymne national, on prend plaisir de les voir porter avec brio un combat politique pour vivre pleinement, pour ce qu’elles sont. Elles  en appellent à la diversité raciale, culturelle et identitaire. Elles nous dansent joyeusement la mixité des êtres humains, celle qui existe bel et bien. Nous ne sommes pas un, mais des: c’est en cela que l’humanité est riche!

Le chaloupé de leur corps libère leurs charmes. La soie de leur robe caresse leurs expressions féminines. Comment résister à ces femmes? La couleur de leur peau se révèle dans le bleu, blanc, rouge de leurs vêtements. Leur port est altier. Amazones charmeuses et combatives, elles se moquent des autres et fondent dans les bras des hommes. Noirs, blancs? Qu’importe si la rencontre résonne sur la peau de leur ventre tendu. Ces femmes s’offrent tout entières. Leur force, leur impertinence, leur dynamique nous réjouissent et nous suivons avec appétit leurs pas chassés, leurs tressauts, leurs yeux espiègles, leurs éclats de rire…Parmi elles, un homme garde leurs faveurs. Il se distingue par son élégance et son charme complémentaire. Il nous éclaire sur la diversité des genres, la place de l’homme dans les sociétés matriarcales, la communication homme/femme…

Éva Doumbia signe un plaidoyer contre l’obscurantisme grandissant. En sortant des Hauts Plateaux, nous questionnons notre couleur de peau avec ce désir irrésistible de cacher l’Afreuropéen qui est en nous pour se métamorphoser en Eurofropéen dansant.

Sylvie Lefrère – Laurent Bourbousson – Pascal Bély – Tadornes

Photo: P.Fabre

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