J’avais abandonné l’exercice depuis quelques années. Avec la précédente direction, la conférence de presse de présentation du Festival d’Avignon avait fini par devenir ennuyeuse: discours convenus, éléments de langage empruntés au parfait manuel du management culturel, hiérarchisation de la programmation par la présence d’artistes associés, esthétiques privilégiées au détriment de leur diversité. Cette année, le contexte est radicalement différent: c’est un artiste, Olivier Py, qui est aux commandes du plus grand festival de théâtre du monde.

Je passe sur les éléments graphiques du programme : le jaune pour rappeler le soleil (sic) avec une image d’Alexandre Singh où un jeune homme regarde vers le haut. Olivier Py précise qu’il n’est pas sur l’affiche (« mon narcissisme a quand même des limites ») mais la silhouette photographiée prête à confusion d’autant plus qu’il présentera cet été trois de ses créations. N’y a-t-il pas un risque à plus long terme : un festival centré sur son directeur et son réseau d’amis ?

affiche avignon

Ce qui frappe d’emblée, c’est la manière dont Oliver Py recentre les missions du festival. Ce qui était périphérique auparavant, est désormais essentiel: jumelage entre la Fabrica (lieu de création) et le collège Anselme Mathieu; projet de transformer Monclar en quartier numérique ; itinérance d’un spectacle («Othello Variation» de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano) sur tout le territoire pendant la durée du festival ; projection sur grand écran du «Prince de Hombourg» de Giorgio Barberio Corsetti en direct de la Cour d’Honneur au Mucem de Marseille . Il a su éviter le sempiternel discours sur «la démocratisation culturelle» dont le processus ne veut plus rien dire aujourd’hui faut d’être pensé en transversalité. Olivier Py a le désir sincère d’opérer la «décentralisation à trois kilomètres (du Palais des Papes à Monclar)». Dans ce contexte, j’attends avec curiosité la création de Didier Ruiz2014 comme possible») portant sur des portraits d’adolescents d’Avignon.

Autre point essentiel du projet: la tarification. Je me suis ému du système de billetterie de l’ancienne direction (machine bureaucratique inhumaine). Olivier Py recentre une fois de plus: tarif jeune à 10 euros et abonnement grand spectateur. Enfin un festival qui reconnaît les jeunes grands spectateurs d’autant plus qu’une programmation leur sera spécialement dédiée (à la Chapelle des Pénitents blancs)! Avignon s’ouvre au jeune public. Pouvait-on continuer plus longtemps à ignorer les enfants, ce non-public du Festival ? Comment expliquer que cela ne figure pas dans son cahier des charges? Olivier Py a raison de préciser que ce sont «souvent les enfants qui emmènent leurs parents au théâtre». Encore un effort pour que nous puissions assister en 2015 à des spectacles pour la toute petite enfance! Il est à noter la forte présence d’école d’acteurs (l’ERAC de Cannes – Marseille, École de la Comédie de Saint-Étienne): il y a donc une cohérence entre accueil du jeune public et révélation des acteurs de demain.

Que retenir pour cet été? Une évidence: la danse se positionne à partir de valeurs sûres (l’abonné Alain Platel, le directeur du Centre Chorégraphique de Tours Thomas Lebrun, les chouchous des programmateurs Robyn Orlin et Julie Nioche). Reste une curiosité à la Cour d’Honneur: la création de l’australien Lemi Ponifasio (« I am »).  Si l’on ajoute la programmation convenue du Festival Montpellier Danse, je m’inquiète sur la visibilité d’un art essentiel à la vitalité de la création contemporaine.

La poésie omniprésente (avec Lydie Dattas entre autres auteurs), 5 continents représentés, 17 pays dont une place privilégiée donnée à la Grèce, un «Mahabharata» japonais (Satoshi Miyagi), le retour d’Ivo Van Hove, un Shakespeare de 18h avec Thomas JollyHenri VI»), l’accueil du jeune talentueux metteur en scène belge Fabrice Murgia, du non moins jeune Claude Régy, la reconnaissance du travail engagé de Marie-José Malis, signent-là un programme politique (dans un département où le FN est le premier parti en voix) teinté d’un regard généreux envers le public (j’en avais perdu l’habitude…). Olvier Py se plait à nous embarquer dans une nouvelle aventure, celle des «ateliers de la pensée» qui seront organisés à la Faculté des Sciences (le lieu sera ouvert dès 10 h du matin) pour qu’Avignon devienne «la capitale européenne d’une pensée ludique, incarnée  pour qu’elle ne s’enferme pas dans les lieux qui lui sont habituellement dédiés».

En souhaitant positionner «Avignon, ville de la créativité», Olivier Py ouvre la question culturelle (perçue comme trop verticale) à la créativité, processus plus transversal et moins clivant. J’entrevois déjà des liens possibles avec les Offinités que nous animerons au OFF…

La créativité, n’est-ce pas d’abord de relier le « In » et le « Off« au-delà de la concordance des dates?

Pascal Bély – Le Tadorne.

Le Festival d’Avignon du 4 au 27 juillet 2014. Réservation dès le 16 juin 2014.

2 réponses à Festival d’Avignon 2014 : Olivier Py, artiste associé.

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