Je vois rarement du cirque : en l’absence de dramaturgie, je m’y ennuie. Le cirque contemporain que l’on me promet depuis tant d’années ne semble pas venir. Pourtant en 2004, au Festival d’Avignon, la rencontre avec  Johann Le Guillerm dans «Secret» fut un choc. Il m’aura fallu attendre 2010 et le collectif  « Petit travers » pour ressentir à nouveau la puissance d’un cirque révélé par un propos artistique.

C’est avec curiosité que je me rends à la Villette pour «The End» du metteur en scène David Bobée, spectacle de fin d’études de la 23ème promotion du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne. En dix épisodes, les douze étudiants évoquent leurs cinq dernières minutes avant la fin du monde. Joli propos pour un projet global, au croisement d’une discipline de cirque et d’un drame collectif. Sauf que…

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Le décor joue un rôle important : c’est un appartement avec son lot de canapés et de meubles sans fond (donc sans livres). Il tourne et fait l’objet de divers changements pour mettre en relief la mise en scène. Ou plutôt, pour faire place aux différents exploits de ces beaux circassiens illustrés par des textes de Christian Soto. À l’apparition du numéro projeté en vidéo (10, 9,…), je comprends vite que les exploits vont se succéder. Le travail de David Bobée devant probablement consister à relier les différentes esthétiques dans un tout. Pas si simple…

En effet, entre la jeune fille et sa corde qui doute et se fait peur dans le vide et trois jeunes jouant au trampoline (et à la devinette: «si j’étais la seule femme, me ferais-tu l’amour?»), comment générer une dramaturgie d’ensemble ? Peu à peu, je prends conscience que le corps performatif illustre, sidère, mais ne transcende jamais le texte. Le «moi je» véhicule un narcissisme assez pénible là où j’attends qu’à cinq minutes de la fin, un chaos intérieur vienne me percuter. À d’autres moments, on frôle la géopolitique « romantique » tandis qu’une jeune fille avec une voile, évoque le voile et la Palestine?Applaudissements garantis. Mais pour quel propos? Est-ce le portrait d’une jeunesse déboussolée? Est-ce une mise en jeu des corps pour expliciter l’implicite? Et si «les cinq dernières minutes» n’étaient qu’un procédé, pour masquer l’impossible théâtralité? David Bobée finit par se perdre, mais nous rattrape en amplifiant l’exploit physique teinté de bons sentiments à l’image de ce duo d’artistes cambodgiens (l’un d’eux est sourd), dont les différents sauts nous éloignent un peu plus du propos initial !

Finalement, tout est policé pour gommer la radicalité du contexte, réduite à des corps inanimés, et à une baignoire dont le sens m’a totalement échappé !

David Bobée connaissait probablement la difficulté de l’exercice. A-t-il conscience qu’il n’a pas réussi malgré ses tentatives pour créer un contexte dramaturgique (l’omniprésence de la musique, les changements de décor, les maniements de symboles)? La façon dont il impose le silence vers la fin en dit long sur l’impossibilité à théâtraliser ce cirque-là dans un cadre de fin d’études. 

Au-delà de l’artiste, c’est le projet de Centre National des Arts du Cirque que j’interroge: « qu’auriez-vous envie d’enseigner, cinq minutes avant la fin du monde?« 

Pascal Bély – Le Tadorne

« This is the end » de David Bobée à la Villette de Paris du 18 janvier au 12 février 2012.

David Bobée sur le Tadorne:

Je kiffe pour cet Hamlet-là.

Avec « Gilles », David Bobée abandonne « nos enfants ».

Au Festival ACTORAL, David Bobee réchauffe les hétéros. A La Villette, pas si sûr.

Washington ? Paris ? Mens ? Avignon- Brazzaville – Gennevilliers (1/2): David Bobée, l’artiste du puzzle, du peuple métissé.

 

 

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