Cinq femmes, un homme, elles l’ont attendu longtemps, il est revenu pour rester, pour mourir…Elles attendent enfin les mots, viendront-ils ? La compagnie Ubwigenge nous propose un beau travail sur la pièce de Jean Luc Lagarce : «J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne».

Catherine Decastel, la jeune metteuse en scène, nous en offre une lecture aux accents troublants, comme venue du lointain des tragédies antiques. Pourtant, elle nous parle bien d’un aujourd’hui et elle orchestre l’histoire avec un beau talent ; elle chorégraphie l’espace et le choeur monte, d’évidence, du corps de ces cinq femmes.

Mère, soeurs, toutes enfermées dans une longue histoire, récoltée, mais aussi construite ; elles se débattent dans le piètre écho qu’offre, à leurs « rêves », le retour de « l’enfant chéri ».

 Elles se « libéreront » mot à mot de « l’héritage ». Ici les masques tomberont à l’eau, elles se laveront  de « leurs aînées » pour défiger leurs visages et révéler leurs traits de vérité.

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De ce geste, la parole ouverte s’invitera pour « déjouer » le poids des « traditions » dans la société de femmes qu’elles forment. Le débit se fera plus rapide, plus« badin », comme pour témoigner du flot de mots trop longtemps contenus. Les sourires et les rires arriveront.

La « vengeance » est entière contenue dans cette scène ; de la soumission, de l’effacement (feins, les mots de la petite ose nommer ce « détail »), on passe à la « cruauté » qui « libérera » du joug de « l’oppresseur ».

Le frère de son statut « d’icône » devient « Beau au bois dormant », mais, ses « princesses », libérées par les mots, n’auront, au final, que l’envie de le laisser en sommeil.

Ce travail est fragile, tout comme le texte est fort. Il présente encore quelques imperfections, mais il fait montre d’une belle personnalité et d’un bel imaginaire.

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On se prend à se laisser apercevoir  un travail plus au cordeau, un texte plus maîtrisé. Ce, au point où ces jeunes femmes n’auraient  plus « crainte » que l’ensemble laisse voir, autant qu’entendre, les failles à vif qui leurs dictent les mots. Qu’elles soient donc toutes cinq dans leur maison et laissent la pluie tomber en torrents pour laver les années silences de ces femmes papier enfermées dans leur « désir » de l’enfant roi.

Aller voir « éclore » une voix, c’est joyeux. Nous avons là, avec Catherine Decastel, une belle graine de talent pour un demain qui ne se boucherait plus les yeux sur ce qu’il sait, mais qui, de là, tenterait d’ouvrir un temps où laisser libre espace à la parole dite.

Bernard Gaurier, Le Tadorne

 « J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne » Mise en scène Catherine Decastel, avec Anaïs Pénélope Boissonnet, Catherine Decastel, Typhaine Duch, Nailis Jeunesse Grégory Oliver et Florence Wagner. A l’espace Roseau à 14H00 jusqu’au 31 juillet.

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