Tellement de « raisons » pourraient vous faire écarter cette proposition…Le thème, l’heure, la durée… et pourtant, vous y trouverez de quoi alimenter en vous un petit peu d’humanité en plus. Au-delà du thème, du «devoir» de mémoire, des acteurs qui sont magnifiques, il y a dans cette pièce des mots essentiels qui font résonnance de nous.

Ce n’est pas du sujet annoncé (la persécution homosexuelle par les nazis) dont je souhaite vous parler, mais de l’aspect «universel» des relations humaines qui traverse le propos, jusqu’à toucher, sans faux semblants, la question de l’intime dans les dernières scènes. Quitte à «choquer», je «gommerais» ici la question de sexualité ou de genre ; c’est le meilleur que peut nous offrir ce texte pour que ce qui a été vécu ne l’ai pas été pour rien.  Que ce que nous avons appris de l’horreur serve, même juste un peu  aujourd’hui, tout en ne nous « enfermant » pas dans hier. Le personnage de Max porte ce qui pourrait nous ressembler, que l’ont soit homme ou femme, homosexuel ou hétérosexuel. A condition bien sûr que l’on soit humain, un tant soit peu intéressé par de l’autre, voir même sexuel, sans nécessité de préfixe.

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Max traverse le quotidien sans trop se questionner sur ce qu’il vit ; il aime, mais ne sait pas le voir; il «consomme» la vie et les autres. L’horreur va le pousser à croiser, à entendre, ses petites et ses grandes lâchetés, mais aussi à accepter «l’effraction» et à sentir «l’essentiel» quand l’autre approche pour aimer. Ce texte parle de vie, de rencontre et de relation. Certes dans un contexte particulièrement terrible, mais qui porte, probablement en cela, la possibilité de «dire» et de «lire» ce qui nous tient vivants. C’est au plus violent de ce que l’humain peut inventer que Max rencontre Horst. C »est parce qu’ils sont dans cette situation qu’il peut trouver raison pour s’ouvrir par les mots.

Allez entendre, voir et laissez résonner la «scène d’hiver», écoutez les mots qui disent ce que souvent l’on tait, pris dans nos «peurs», engluées dans les «rôles à jouer» à l’approche des corps, occupées à ne surtout pas laisser l’autre «approcher trop près». Ce spectacle, au-delà de sa «fonction» mémoire de l’horrible porte beaucoup de vivant. Toutefois, pour éviter  toute» mauvaise surprise: Le lieu est peu confortable et l’espace scénique est très réduit, ce qui «enlève» un peu de force et de souffle à ce spectacle.

Mais, découvrir ou redécouvrir ce texte de Martin Sherman porté par de très bons comédiens est un vrai moment fort.

Bernard Gaurier, Le Tadorne

« Bent », mise en scène Anne Barthel avec Gérard Cheylus, Ludovic Coquin, Benoît Dagbert, Franck Delage, Jean Mathieu Erny, Georges Mathieu, Michel Mora, Frédéric Morel, Philippe Renon et Valentin Terrer. Au Théâtre du Rempart à 22H10 jusqu’au 30 juillet

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