« Il faut absolument être moderne », Arthur Rimbaud, « Une saison en enfer »

C’est sur cette « injonction » du poète maudit que Jacques Blanc, directeur du Quartz, Scène Nationale de Brest, ouvre son édito (1)  sur le festival « Antipodes » qui aural lieu du 2 au 13 mars 2010. Ça nous inquiète toujours un peu de devoir absolument être quelque chose.Mais… La suite nous donne envie, elle teinte les propos de Rimbaud d’une dimension d’ouverture et les vitalise. Certains spécialistes ont vu dans cette phrase une tournure de dérision. Elle est aussi de celles qui claquent l’étendard d’un chaos intérieur et de sa mise en mouvement. Il ne serait pas ici question d’opposer « Ancien » et « Moderne » mais plutôt d’appeler à la trouée créative qui naît d’hier pour éclairer un aujourd’hui, en s’affranchissant des dogmes trop rigides et des enfermements trop confortables. Ces mots ne sauraient se faire slogan pour ouvrir une nouvelle « caste » dont il faudrait être. Le concept de « modernité » n’a pas aux yeux du poète valeur d’absolu ; la tonalité « ironique » de cette citation ne peut que nous faire douter et réfléchir, avant de prendre le propos au pied de la lettre.

Nous irons donc à Brest les 5, 6, 12 et 13 mars tenter de capter la lumière des « lucioles » programmées et essayer de nous laisser « ré-enchanter par ces artistes qui tenteront de trouer les murs qui se resserrent autour de nous »(1). Et peut-être, qui sait, percevoir ce qu’est « être moderne » aujourd’hui, voir même, nourrissons les espoirs, découvrir que nous le sommes…nous espérons surtout croiser quelques émotions à vivre qui ouvriront notre envie d’écriture. Le programme est abondant et va nous offrir quelques découvertes et retrouvailles.

« [Castor et Pollux] » des très en vogue Cécilia Bengolea et François Chaignaud, prévu pour une durée d’1h30, est finalement proposé sur 40 minutes. Le propos intrigue et la technicité envisagée pour traiter cette « chorégraphie astrale » rend curieux. D’autant plus qu’ils seront les « vedettes » du 30ème et dernier « Montpellier Danse ». Mais, nous vous devons une confidence: nous les avons tant croisés (ici à Berlin, puis en Avignon, là à Marseille, encore à Uzès)  que nous sommes impatients de les rencontrer.

Retrouvailles avec Bernardo Montet pour « God needs sacrifice », qui nous a embourbé lors des dernières Hivernales d’Avignon avec « Switch me off ». La danseuse Raphaële Delaunay et les mots du paroleur Christophe Rangoly nous (le) feront-ils vibrer ?

« Golgotha » de Steven Cohen est à ne pas manquer. Vu  lors du dernier Festival d’Automne à Paris, nous n’en sommes toujours pas revenus.

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« The panic show » de Dan Saffer promet quelques secousses salutaires, si l’on en croit les propos de l’auteur. N’engagent-ils que lui ?! « Out of time » de Colin Dunne, nous propose un mélange entre danse traditionnelle et contemporaine, à découvrir donc bien que le propos ne soit pas nouveau! « Jennifer ou la rotation du personnel navigant » de Sandra Amodio entend questionner nos représentations et nos clichés sur la femme, le tout sur fond d’espace poétique: laissons aller notre curiosité pour accueillir sa proposition. « Last Meadow » de Miguel Gutierrez devrait mettre la salle en ébullition tant l’homme déborde d’énergie et de talent. Jonathan Capdevielle ne nous a pas toujours convaincus, mais le propos de « Adishatz / Adieu » invite à l’envie d’une nouvelle rencontre.

Le deuxième week-end jouera en territoire mémoire. François Chaignaud (encore?) et Marie-Caroline Hominal réveilleront et bousculeront les souvenirs de jeunesse en s’appuyant sur le hula hoop pour nous conduire à « explorer une danse invraisemblable ». Boris Charmatz avec « Flipbook » nous invite à retrouver Merce Cunningham. Y mettra t-il aussi sa belle patte ? Jefta Van Dinther et Mette Ingartsen interrogent la perception du corps avec « It’s in the air », suivons-les pour découverte. Mathilde Monnier et Loic Touzé, en compagnie de Tanguy Viel, recréent « Nos images », un joli moment en perspective. Pastora Galvan bousculera les représentations du Flamenco avec « Pastora ». Le final quant à lui est annoncé métissé et musical avec « Fabian y su salsa caliente », un concert ? Un spectacle ? Un bal ? Peut-être un peu tout ça, et, qui sait ? Une invitation à trouer les murs à notre tour.

Après « Les Hivernales » en Avignon en février dernier, il y a encore de la danse à découvrir… loin…au bout du bout de l’Ouest. Espérons que  ces « Antipodes » nous réjouissent plus que les bulles de la cité des papes n’ont déçu les Tadorneaux du sud.

Pour finir, saluons la politique tarifaire de ce festival. Avec un pass à 35 euros, qui permet de voir l’ensemble des spectacles, c’est on ne peut plus accessible, beaucoup devraient s’en inspirer…

Bernard Gaurier – Pascal Bély  – www.festivalier.net

 

(1) « Il faut absolument être moderne », Arthur Rimbaud ? « Une saison en enfer »

On ne voit plus les lucioles* Ont-elles disparu ou bien est-ce l’aveuglante lumie?re des temps nouveaux qui nous empechent de les voir ? C’est notre travail a? nous directeurs artistiques de repe?rer ces petites lumie?res et d’organiser leur ballet pour que vous spectateurs vous soyez a? la bonne place pour les voir e?mettre leurs signaux et en jouir. Et quand on est a? la bonne place, pas besoin d’un escabeau pour acce?der a? ces ?uvres, elles bondiront vers vous en toute liberte?. Les ombres bienveillantes des grands disparus les prote?gent encore quelque temps alors que de?ja? tout est en re?volution. C’est quoi etre moderne aujourd’hui si l’on veut re?pondre a? l’injonction de Rimbaud ? Ce festival est le symptome de ce chaos qui nous de?passe ou? les frontie
?res entre classiques et modernes, conceptuels et charnels, e?tats d’ame et e?tats de corps, arts mineurs et arts majeurs… s’effondrent dans un joyeux de?sordre. Un chat n’y reconnaitrait pas ses petits. Les Antipodes vous offrent ce bienheureux de?sordre. Bienvenue a? l’inde?finition ! Tous ces artistes tentent de trouer les murs qui se resserrent autour de nous et de re?-enchanter nos vies avec parfois des liberte?s stupe?fiantes. Et nous savons que « la liberte? humaine abrite l’abime le plus profond et le ciel le plus sublime » e?crivait Schelling.
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Jacques Blanc.

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