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Après Véronique DOISNEAU, Pichet KLUNCHUN, Isabelle TORRES et Lutz FORSTER c'est au tour de Cédric ANDRIEUX d'être sujet du beau projet du chorégraphe Jérôme BEL.

L'homme arrive sur scène, pose son sac, une bouteille d'eau et se positionne face au public. Il regarde en silence un moment avant de nous adresser un « Bonjour » d'une voix douce, presque intimidée. « Je m'appelle Cédric ANDRIEUX, ? »

C'est alors que sur ce grand plateau nu, vide de tout artifice et sans autre support qu'une voix et un corps, commence l'ébauche d'un portrait et d'un parcours de Brest à Paris, à Lyon, avec New York en point culte.

De l'enfant frêle qui se rêve en artiste, à qui l'on dit qu'il n'est pas fortiche mais que ça ne peut pas être mauvais pour son développement personnel, à l'homme artiste, objet de toutes les admirations. La voix est posée, toute douce, presque trop parfois, pour nous faire voyager dans la confidence et  partager ce qu'il y a derrière les sunlights.

L'homme est beau, il se montre dans son fragile, le pouce caresse l'index, le regard bleu s'embrume par instants. Il raconte Brest, l'enfant cabotin volontaire déjà tendu vers le dépassement; Paris, le Conservatoire, le jeune homme du solo gagnant? il nous dit ses doutes, ses envies, ses désirs, ses amours? et puis? New York? Merce CUNNINGHAM? le désir fou du meilleur? Le studio, les répétitions, les voyages de l'amour, le corps qui souffre pour aller au bord de l'abîme, au bout de ses possibles? D'un doigt, il pointe un angle de la scène vide?  Merce, 80 ans, là au coin du studio devant l'ordinateur qui supplée à son corps et guidant de la voix le mouvement imaginé? le corps du danseur, le corps encore et encore, qui donne tout pour arriver à faire vie de ce qui n'est que vision sur logiciel et que le corps du maître ne peut plus montrer. Le corps toujours?, Trisha BROWN qui fait moins mal à danser? Le corps, cet  «outil » que l'homme nous dit trouver souvent pas assez comme? pas assez grand?, la taille pas assez fine? et entre ses mots l'homme danse, il montre comme il a fait ici et là? le danseur est? magnifique.

Tout est là, l'homme est là, le danseur est là, les mots sont là, mais? l'émotion ne parvient pas à moi? les images ne viennent pas? Je n'arrive pas à m'approcher de l'homme, il reste des mots?

Sauf?  quand, dans le récit, Jérôme BEL prend place dans le parcours? « Là je vous montre, j'ai fait ça »? Et là? la force de ce moment m'emporte? Ça y est, il est là l'homme? avec le danseur, sans les mots, avec le regard, ici le corps presque immobile et pourtant? tout danse en lui?

Voilà?, 32 années ont traversé la scène?, que va-t-il faire demain ? De quoi et de qui aura-t-il le désir ?

« Show must go on » c'est ce qu'on souhaite à l'homme avec ou sans l'artiste. Et lui demander, pourquoi pas, de venir dans 10 ans, dans 20 ans, nous redire en corps vieillissant ce qui fait, de ce point de vue de l'homme qui danse si peu énoncé, l'Histoire de la danse.

Bernard Gaurier- www.festivalier.net

« Cédric ANDRIEUX » pièce de Jérôme BEL à été présenté en avant première française au LIFE à Saint Nazaire le 12 décembre 2009. A Paris au théâtre de la ville dans le cadre du Festival d'Automne du 14 au 16 décembre 20àç.

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