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Tout commence par un face à face quelque peu rigide : Jérôme Bel, assisté de son iMac sur les genoux, mène l’entretien en anglais comme
s’il recrutait pour son prochain spectacle. En face, Pichet Klunchun répond, raide sur
sa chaise. Puis, le lien évolue, se fait plus souple, plus rond. Je regarde l’un, puis l’autre ; j’apprends de l’un à l’autre. Il explique la danse traditionnelle thaïlandaise ; Jérôme
questionne. Pichet explore les fondements de son art; je découvre, ému. Je ressens intensément ce qui se joue entre les deux artistes. Pichet nous précise comment sa danse articule la tradition
et la modernité. Le visage de Jérôme s’illumine, intériorise ce qu’il voit, se ferme quand cela fait trop mal. Je souris, comme complice de ce lien. A aucun moment, je ne suis en dehors de leur
relation comme si leur apprentissage était aussi le nôtre : nous ne sommes plus de simple spectateur, mais de leur transmission dépend notre capacité à nous laisser surprendre par de
nouvelles formes de représentations théâtrales. Nous touchons la troisième dimension de cette œuvre qui englobe tout: ce n’est pas un duo, mais une triadique où le public est sur scène,
presque au centre. Ce n’est plus l’Asie opposée à l’Occident, le classique contre le contemporain, mais l’ouverture, le transversal, l’écoute empathique, la résonance personnelle qui fait
l’œuvre.
Pascal Bély - Le Tadorne.
« Pichet Klunchun and myself » de Jérôme Bel a été joué au Théâtre des Salins de Martigues les 30 et 31 janvier 2007.
Vos prises de bec