Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /Jan /2007 14:41

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Tout commence par un face à face quelque peu rigide : Jérôme Bel, assisté de son iMac sur les genoux, mène l’entretien en anglais comme s’il recrutait pour son prochain spectacle. En face, Pichet Klunchun répond, raide sur sa chaise. Puis, le lien évolue, se fait plus souple, plus rond. Je regarde l’un, puis l’autre ; j’apprends de l’un à l’autre. Il explique la danse traditionnelle thaïlandaise ; Jérôme questionne. Pichet explore les fondements de son art; je découvre, ému. Je ressens intensément ce qui se joue entre les deux artistes. Pichet nous précise comment sa danse articule la tradition et la modernité. Le visage de Jérôme s’illumine, intériorise ce qu’il voit, se ferme quand cela fait trop mal. Je souris, comme complice de ce lien. A aucun moment, je ne suis en dehors de leur relation comme si leur apprentissage était aussi le nôtre : nous ne sommes plus de simple spectateur, mais de leur transmission dépend notre capacité à nous laisser surprendre par de nouvelles formes de représentations théâtrales. Nous touchons la troisième dimension de cette œuvre qui englobe tout: ce n’est pas un duo, mais une triadique où le public est sur scène, presque au centre. Ce n’est plus l’Asie opposée à l’Occident, le classique contre le contemporain, mais l’ouverture, le transversal, l’écoute empathique, la résonance personnelle qui fait l’œuvre.

Pichet est ému de ce "tout" , de "ce langage du langage" alors que Jérôme présente à son tour plusieurs extraits non dansés de « The show must go on ».  A ce moment précis, le spectacle bascule : l’échange sur la technique s’efface, la mort fait irruption (Jérôme est à terre sur une musique disco…magnifique). Le temps est suspendu. Pichet ne bouge plus puis évoque la mort de sa mère. Jérôme vient de transcender les clivages. Mais c’est sans compter sur le corps, surface de tous nos déterminants culturels : alors que Jérôme s’apprête à se mettre nu («C’est mon travail», dit-il !), Pichet lui demande d’arrêter. C’est la limite à ne pas franchir : tout peut se relier, s’articuler mais la «métaculture» ne peut s’effacer. Le dialogue prend fin et tout devient ouvert.
« Pichet Klunchun and myself » est une œuvre rare, un bijou d’humanité, loin de « la société du spectacle ». C’est une belle médiation entre les artistes et le public, une découverte pour ceux qui cherchent à comprendre la complexité de la mondialisation. Une fois de plus, la danse contribue à faire émerger cette intelligence collective rempart contre le  populisme et les religions.
« The show must go on ».

Pascal Bély - Le Tadorne.

« Pichet Klunchun and myself » de Jérôme Bel a été joué au Théâtre des Salins de Martigues les 30 et 31 janvier 2007.

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