En mars dernier, je n’avais pas résisté jusqu’à faire l’aller-retour express entre Aix en Provence et Montpellier pour ne rater sous aucun prétexte, la chorégraphie claustrophobe de Pierre Rigal, « Press ». En 2008, Les londoniens en étaient devenu fous! Alors que la crise nous met chaque jour la « pression », comment la danse peut-elle explorer ce ressenti ? Cet artiste hors du commun, nous a déjà habitués à prospecter des territoires réduits par nos systèmes de représentation.  Avec « Arrêts de jeu », il fit du football une pratique chorégraphique particulièrement étonnante. Avec « Érection », il transforma le passage de la position couchée à la posture debout en un beau mouvement complexe.

 

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Ce soir, son espace est celui d’une pièce de quelques mètres carrés, d’une chaise, et d’un bras articulé censé l’éclairer. Il m’évoque les minuscules caméras vidéo qui quadrillent nos villes. Son terrain de jeu ne cesse de se resserrer alors que le plafond descend et remonte, accompagné d’un grondement, tel un « plafond de verre » assommant les bonnes volontés dans les entreprises, les organisations syndicales et politiques.

 

Les quarante-cinq premières minutes sont de toute beauté. Notre homme tente d’ignorer cet espace qui veut le réduire. Il le transforme en caverne où il semble dessiner des figures rupestres. Son corps se prolonge par ses mains ; il se fond dans la matière. Sa silhouette est une apparition, une image furtive. Il est le danseur qui s’extirpe du corps. Je suis le spectateur qui se projette à travers ses mains. Moment d’autant plus sublime que mon regard pousse les cloisons. Pierre Rigal dépasse la pression matérielle en puisant dans l’immatérialité de l’art. Le propos pourrait paraître évident et pourtant. Il réussit là où tant de chorégraphes échouent : nous inclure pour nous dégager de la pression qui pèse sur le spectateur de danse.
Mais pourquoi ces quinze dernières minutes ? Pierre Rigal quitte les parois pour interagir et jouer avec le bras articulé qu’il dévisse du mur. L’homme des cavernes devient l’homme-machine qui finit par se faire engloutir et disparaître. La danse colle à la proposition : la machine prend le pouvoir, s’introduit dans le corps, joue avec les affects. Pierre Rigal semble subir sa démonstration : il ne résiste pas à la pression d’avoir un propos explicatif, presque rationnel pour justifier la pertinence de sa danse.
Je me sens alors dans une posture d’évaluer sa performance physique et d’adhérer à ce consensus mou.
Retour express à la case départ.

Pascal Bély – www.festivalier.net


 » Press » de Pierre Rigal a été joué le 24 mars 2009 dans le cadre de la saison de Montpellier Danse. Au Théâtre de la Cité Internationale de Paris du 26 novembre au 12 décembre 2009.

   

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