De ce spectacle, on en sort quelque peu anesthésié, mais pas étonné. La Belgique, pays de l’hybridité, nous a habitués à naviguer en eaux troubles. Au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles, Kris Verdonck avec « End » nous faisait tourner la tête avec son apocalypse en forme de boucle ;  dernièrement, le collectif franco-flamand Tristero / Transquinquennal, nous proposait « Coalition« , pour approcher de biais la catastrophe. Le chorégraphe flamand Wim Vandekeybus s’inscrit presque naturellement dans ce courant  avec « nieuwZwart » présenté au Festival de Marseille. A la différence près que l’on n’y raconte rien (d’autant plus que les textes en anglais de l’auteur flamand Peter Verhelst interprété par Gavin Webber parviennent à nous  éloigner de la narration).

Ici, le plateau reflète un processus, celui du chaos, voire d’un entre-deux entre un et un là-bas. Alors que le progrès accouche de la catastrophe, la scène de Vandekeybus nous est presque familière, depuis que nous sommes matraqués, bousculés, épiés, malmenés, écartelés par notre évolution.

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Ici, compter les corps à terre avec une lampe de poche fait partie du spectacle. Me voilà au c?ur de l’océan, au beau milieu des corps flottants du vol Air France Rio-Paris.

Ici, on fait dans le spectaculaire, en attendant le moment où tout pourrait exploser ou renaître.

Ici, un groupe de musiciens est suspendu sur une scène qui surplombe ce sol lunaire où sept danseurs incarnent ce qu’il y a de plus violent et chaotique en nous alors que survivre nous sert de couverture pour se protéger de l’autre. Le rock est alors ce langage pour se substituer à l’insuffisance des mots.

Ici, l’angoisse de mourir et le désir de renaître ont trouvé leur territoire, jonché de traumas, de trous béants où la peur nous aspire.

Ici, on convulse, on hurle, on se rentre dedans : il faut que ça sorte, coûte que coûte.

Ici, sur le divan de Freud, glisse une couverture de survie qui va et vient, dévoile et cache, prête à faire surgir le fantôme qui habite nos cauchemars.

Ici, Vandekeybus nous invite à quitter le temps de la catastrophe, autoritaire, immédiat, où nous ressentons à l’unisson la même émotion, au même moment. Ici, c’est impossible, tant nos ressentis sont différents. Ma voisine de gauche se cache le visage tandis que mon voisin de droite ne bouge plus, raide mort. Moi, je m’attache à un bras qui pend, à un corps qui s’étale. J’approche la déchéance, je scrute la renaissance, je meurs avec eux. La danse de Vandekeybus donne à l’inconscient le corps, tout le corps qu’il réclame à « corps et à cris ».

Ici, des tôles de fer rouillées, vestiges de la modernité et de nos cloisons accueillent nos désirs de transcendance. C’est émouvant de voir les corps s’y fracasser.

Ici, le sexe enfourche la mort. C’est troublant de ressentir l’amour à mort.

Ici, la crise est un processus permanent. Il n’y a que les médias pour penser que c’est un état à un instant « t ».

Et l’on se réjouit des applaudissements nourris du public du Festival de Marseille qui a fait preuve ce soir d’une grande maturité : nous avons accepté que l’on danse tout haut ce que nous souffrons tout bas.

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

« nieuwZwart » de Wim Vandekeybus a été présenté au Festival de Marseille les 18,19 et 20 juin 2009.

photo: © Erwin Verstappen

Le Festival de Marseille 09 sur le Tadorne:

Au Festival de Marseille, Koen Augustijnen réincarne Pina, poussière d’étoiles.
Le nouvel opus (oups !) du Festival de Marseille.

 

 

 

 
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