"Visa pour l'image" à Perpignan du 28 août au 12 septembre.
La Biennale de la Danse à Lyon du 4 septembre au 10 octobre 2010.
Le Festival ACTORAL à Marseille du 25 septembre au 13 octobre 2010.
Le Printemps de Septembre à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre.
Le Festival d'Automne à Paris du 9 septembre au 31 décembre.
Le metteur en scène et plasticien Kris Verdonck inaugure la 13ème édition du KunstenFestivalDesArts, avec « End », œuvre plastico-théâtrale autour de l'apocalypse. On ne ressort pas tout à fait indemne de cette immersion, d'un tel tremblement de terre.
Pour incarner ce cataclysme, Kris Verdonck crée un espace entre théâtre et installation pour y convoquer cinq personnages sur fond de nuages sombres. La neige noire qui tombe sur le plateau évoque tout à la fois Hiroshima et la pollution industrielle de nos villes. Une boucle incessante se met en place avec, dans le rôle principal, un messager enfermé dans une cage de verre qui traverse inlassablement la scène tout en récitant des dépêches d'actualités glanées sur internet, et dont le mouvement est accompagné d'un bruit de moteur. Autour de lui, un homme tiré en arrière par un élastique tente d'avancer péniblement tandis qu'un autre, tel un OVNI, vole dans le ciel. Une femme marche en désarticulant son corps (performance subjuguante) alors qu'une autre traîne un cadavre dans une housse, tandis que le feu brûle une partie du sol. Pour accentuer ce contexte terrifiant, une machine déverse de ses hauts parleurs, des bruits et une musique quasi militaire. L'angoisse est décuplée quand le public découvre cet homme qui tombe du ciel pour se fracasser sur le sol, se relever puis retomber quelques instants plus tard. Le cycle dure ainsi pendant quatre-vingt-dix minutes. Comment ne pas ressentir dans une telle atmosphère, une métaphore des attentats du 11 septembre et plus généralement le dérèglement global d'une nature épuisée, qui rompt les amarres ? À croire que la machine d'Heiner Goebbels dans « Stifters Dinge » (présentée elle aussi au Kunsten) a explosé en vol, ne laissant derrière elle qu'un paysage de désolation, peuplé d'hommes robotisés qui auraient voulu la dompter.
Les lumières, l'environnement sonore et le déplacement des acteurs créent une atmosphère lancinante, répétitive, avec deux temps de la narration qui se téléscopent. L'un mécanique où
ce défilé hypnotise : « End » tourne en boucle comme les dépêches qui se succèdent en bas de l'image de CNN. L'autre temps, plus abstrait, permet au spectateur de relier
les personnages, de créer sa propre histoire, d'introspecter son rapport à un art si complexe. C'est la confrontation de ces deux espaces qui nous met en tension jusqu'à créer l'articulation
entre la « mécanique » de la narration d'une catastrophe et la poésie des personnages, héros d'un conte, d'une mythologie. Kris Verdonk réussit l'imaginable : il statufie la fin de
l'histoire et son théâtre anime ce qui est terminé. C'est la puissance de ce paradoxe qui nous plonge dans un niveau d'abstraction et nous permet de nous projeter dans l'apocalypse. Quelle
prouesse de rendre cette fin inéluctable si proche tout en la maintenant dans un ailleurs !
« End » est un tableau magnifique, poétique, angoissant sur la fin programmée de l'humanité, où les bribes d'images que
nous avalons quotidiennement formeront tôt ou tard un ensemble que nous n'aurons pas l'occasion de voir.
Pour autant, tout m'autorise à vous l'écrire : « j'y étais ».
Pascal Bély.
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