« Le processus de travail que je souhaite mettre en place pour « Self& Others » s’articule à l’idée de l’autoportrait. Mais plutôt que de la confiner dans les limites actuelles du genre, j’aimerais l’expérimenter à partir de et en relation au groupe ».

Ainsi s’exprime le « concepteur » et le « scénographe » Alain Buffard dans le programme distribué à l’entrée de la salle de l’ancien Evêché d’Uzès.

Une heure plus tard, l’écrivaine Geneviève Vincent anime le « quart d’heure d’après » avec le public resté dans la salle. J’en suis. Car une question me taraude : « où est donc passé le collectif ? Où positionner le chorégraphe ? ». Alors que Mr Buffard est en retard, l’animatrice semble gênée pour commencer le débat (à croire qu’un face à face avec le public ne fait pas partie de ses attributions). À peine arrivée, Mme Vincent donne sa lecture de la pièce et parle même pour nous. Ces deux-là s’apprécient. Sont-ils encore dans l’autoportrait? 

Je propose ma question et j’en rajoute (inutilement) sur la décontraction de Mr Buffard alors que le public lui a réservé un accueil plutôt distant. Me revoilà dans une posture d’élève face aux maîtres. Mr Buffard nie avec autorité qu’il serait question du groupe dans sa pièce et ne répond pas sur son rôle, préférant que les interprètes le fassent à sa place. Quinze minutes sont déjà passées. Ce quart d’heure est un espace sous-vide. Le rideau de plastique, omniprésent dans la pièce, semble ne pas avoir été levé.

« Self & Others » est donc une ?uvre auto-suffisante, auto-égo-centrée. Quatre individualités, convoquées par Mr Buffard, nous proposent, à partir de différents matériaux, leur autoportrait. On y retrouve les danseurs tendance du moment (François Chaignaud et Cécilia Bengoléa), à peine échappés de leurs dernières créations, entre objets pénétrants, pratiques masturbatoires et orales, corps pliés et dépliés. Mathieu Doze, affublé de différents kits de survie, peine souvent à se faire une place alors qu’Hanna Hedman lit le «Manifeste du parti communiste » tout en pétrissant de la pâte à pain, métaphore de l’idéologie humanitaire du moment. On frôle souvent l’hystérie (comme s’ils étaient sous acide), ce qui n’est pas sans provoquer un certain essoufflement dans la durée. Le processus d’introspection dépasse rarement l’anecdotique (est-ce suffisant de s’amuser avec les objets de l’époque pour avoir quelque chose à dire sur l’époque ?) et l’on s’ennuie ferme face à cette collection d’individus, échappés d’un centre de rétention où Jan Fabre semble avoir été leur éducateur. Quand le groupe se forme , c’est pour ridiculiser quelques tubes chorégraphiques (dont un passage assez drôle sur le « Boléro » de Ravel) et fuir leur scène sous plastique.

Finalement, « Self&Others » est peut-être l’autoportrait de Mr Buffard. Mais est-ce suffisant ?  

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

« Self&Others  » d’Alain Buffard a été présenté le 16 juin 2009 dans le cadre du festival « Uzès Danse ».

Un extrait vidéo du spectacle ici.

Crédit photo: Marc Domage.

 

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L’anus horribilis de Cecilia Bengolea et François Chaignaud.

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