Notre feuilleton printanier se poursuit. Toujours à « Komm’n’act », jeune festival européen  et marseillais, nous cherchons l’étincelle, sans nous laisser éblouir inutilement.

Le concert musical d’un duo épatant (Eduardo Raon, Inês Jacques), venu du Portugal, a créé la surprise au Théâtre des Bernardines. Le titre de leur spectacle, « she is not french, he is not spanish » en dit long sur leurs intentions: ne surtout pas se fier aux apparences. Il a beau jouer avec une harpe, cela ne l’empêche pas de se servir de son téléphone portable comme d’un instrument et de se la couler douce ensuite. Elle peut bien chanter « Résiste » de France Gall (étonnante version !) et se soumettre au bon vouloir de son compagnon qui n’en attend sûrement pas tant. Entre compositions personnelles et hommage aux Beatles, ce couple s’affranchit des stéréotypes véhiculés par les concerts, pour créer leur univers, tout à la fois burlesque et poétique. À mesure que la représentation avance, ils habitent leur personnage tout en nous prenant par surprise comme si nous n’avions rien vu venir de leurs intentions. Le théâtre s’est immiscé et notre écoute réussit à relier la musique à leur  jeu d’acteurs. Alors qu’Eduardo fuit les applaudissements nourris du public lors du salut final, il finit par nous convaincre que la commedia dell’arte peut-être aussi portugaise.


Nous aurions pu aimer « le vrai spectacle » vu la veille. Avec un nom pareil, on aurait préféré ne pas voir un bon spectacle d’amateurs !  Le collectif français « The kisses cause trouble » constitué de cinq femmes aux corps tatoués, souvent bien en chair, ne badine pas avec le rire gras, encore moins avec la provocation parfois facile, mais drôle. Inga Waffenkulo, candidate corrompue à l’élection, Miss S.Purple, Wendy Babybitch, Ghoulina et Lady Satine Capone composent ce tableau burlesque où le corps est à la fête, tantôt marchandise, dégoulinant, errant, brûlé, embourgeoisé. Les seins débordent de créativité tandis que l’énigme s’enfonce dans le trash et le mauvais goût à l’image d’une société qui ne sait plus faire la différence entre le corps publicitaire et le corps biologique ou sociétal. Avec une belle énergie, nos cinq femmes sont livrées à elles-mêmes, en l’absence d’une mise en scène capable de réguler les débordements de chairs et de mots. Dommage, mais à suivre quand même. Une élection se gagne rarement la première fois.

Nous aurions pu applaudir. Même pas. Nous n’y avons pas pensé. C’est dire l’état léthargique des spectateurs à la sortie de « la chambre de Sue Ellen » de et par Charles-Eric Petit. Munis d’un audioguide pour le texte, nous suivons les pas de Sue Ellen derrière une baie vitrée. À la fois si proche, je suis très loin. Tout  positionne à distance. La comédienne (Élisa Voisin) est bien trop jeune pour incarner un corps alcoolisé que l’ivresse des mots ne peut soutenir. La mise en scène nous oblige à l’entendre d’une autre oreille, mais ne parvient qu’à brouiller le message. En quelques minutes, on réussit à nous perdre alors que nous sommes si prêts. Belle prouesse.

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

Ces trois spectacles ont été joués dans le cadre du festival Komm’n’act à Marseille (jusqu’au 21 avril).

 


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