Fallait-il explorer la danse brésilienne à Berlin? Alors que l’affiche du festival « Move Berlim » donne à voir un corps métis musclé et figé dans une posture, proche de son imagerie habituelle, les quatre représentations auxquelles nous assistons sont autant de tentatives bien faibles pour contredire ces clichés.

D’abord, Denise Stutz. Elle parle portugais et les sous-titres sont en allemand. Qu’importe. La dame sait où elle veut emmener son public jusqu’à braquer la lumière sur lui pour réclamer son attention. Encouragé par son regard chaleureux et sa voix douce, on s’accroche pour la comprendre.

Avec pour musique « Clair de Lune » de Debussy, elle décrit un duo avec ses deux seules mains. Débute une leçon de danse classique, puis de danse moderne et enfin, de non-danse sur un ton assez professoral.

La danse est explicitée, décortiquée à l’aide de termes techniques. Le thème du questionnement de la représentation de la danse reste intéressant, mais traité de façon anecdotique si bien que l’on peine à voir une ?uvre d’art là où il n’y a qu’explication de texte.

Le spectacle s’achève sur un solo totalement dénudé, sorte de mélange des trois moments précédemment décrits. Il en émerge une exposition frontale d’un corps déjà âgé qu’elle déploie dans une succession d’attitudes et de mouvements interrompus. Et devant cette démonstration, notre bienveillance s’effiloche malgré ce court moment où elle nous invite à fermer les yeux pour nous imaginer sur scène.


Dans le théâtre voisin débute « Desenho », un duo interprété par un plasticien et une danseuse. Eugenio Paccelli Horta accroche d’abord notre attention par un découpage en poupée russe : le corps découpé duquel découlent un nouveau découpage plus petit puis un découpage encore plus petit, jusqu’à un c?ur de papier qu’il traverse de son cutter.

Ce premier épisode se clôt sans être davantage exploité. Nous pensons à un développement organique tel que celui du « Paso Doble » de Josef Nadj et Miquel Barcelo, mais nous n’assistons hélas qu’à une succession d’esquisses, certes créatives. Le corps est emballé, déballé, ficelé… Mais cela ne suffit décidément pas à faire ?uvre d’art.

C’est frustré que nous descendons au premier étage du théâtre Hau 3 pour assister à une installation : « Produto de 1a » de Fauller et Renata Ferreira.  Deux séries d’écrans géants et deux corps allongés prêts à être tamponnés par le public. Comme métaphore du corps-marchandise. Et à l’écran, des bananes. Pour se vêtir comme au temps des revues de Joséphine Baker ou pour téléphoner, comme pour se moquer de la technologie.

C’est plutôt drôle, mais là encore inabouti pour un festival de portée internationale.

Mais le tableau sur la danse brésilienne ne serait pas totalement inachevé (sic) sans une dose de provocation. Le collectif « Dimenti » avec « Tombé » nous a gratifié d’un pamphlet sur la danse contemporaine où un chorégraphe mégalo utilise ses danseurs comme bon lui semble, au grès de ses humeurs, pour un propos artistique fumeux. C’est amusant quelques minutes, mais on s’ennuie ferme face à la faiblesse du jeu des acteurs. Il ne suffit pas d’être danseur pour être comédien, à moins d’emprunter une gestuelle proche du café théâtre. La danse qui se moque d’elle-même est un propos éculé, entendu ailleurs. « Tombé » n’ira pas plus bas en Europe. Quoique…

Le Brésil nous a donc donné à voir un corps vieilli, masqué de papier, offert au public, disqualifié. Nous étions curieux de cette confrontation avec notre vision européenne de la danse.

À la lueur de ces quatre représentations, laissons du temps au Brésil pour qu’il invente sa danse postmoderne sans qu’il soit obligé de nous prouver qu’il peut faire aussi bien (ou mal) que nous.

Elsa Gomis

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

Ces quatre spectacles ont été joués dans le cadre du festival « Brasil Move Berlim » du 22 au 25 avril 2009.

 


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