« Superbe ! ». En quittant le Théâtre d'Arles, je ne peux contenir ma joie en adressant ce compliment au personnel d'accueil . Deux chorégraphes sont entrés dans ma vie de spectateur: Héla Fattoumi et Eric Lamoureux du Centre Chorégraphique National de Caen. Leurs noms portent la musique du métissage, du lien : « hélamoureux »?Je le suis ce soir. Sincèrement. Je viens d'assister à une heure trente d'une danse virtuose, intelligente, raffinée. Je découvre un nouveau langage et les images de leurs corps défilent dans ma tête comme une musique libératoire.
Tout commence par « Entrelacs ». Ils sont quatre danseurs et un accordéoniste. Mes jambes sont lourdes après une semaine de travail épuisante. Je doute de pouvoir tenir. Les premiers instants m'emportent et je sens qu'ils ne pourront rien y faire. Je fais un rêve éveillé. Entre conscience et apesanteur, je ne sais plus où je suis. L'accordéoniste tourne autour d'eux, eux vers lui. C'est enivrant de les voir s'articuler, se fragiliser, danser avec leur bras, oser bouger leurs doigts comme s'ils faisaient des pointes. De quatre, elles ne sont plus que deux à former des figures géométriques que la danse va arrondir. Elles sont remplacées par les deux hommes : à ce moment, l'émotion me gagne. Le danseur s'approche de l'accordéoniste pour l'enlacer : il est son instrument. Les corps deviennent les notes que la musique de leurs liens met en mouvement. Sublime.
L'entracte me permet d'apprécier le Théâtre d'Arles : c'est un havre de paix. Même le violent vent du sud de l'extérieur y trouve refuge en jouant une mélodie enveloppante qui accueille Hélà Fattoumi pour son solo, « Wasla ». Il restera dans les annales du Tadorne (et de la danse contemporaine !). Au commencement, il y a une minuscule alcôve orangée qu'un rayon de lumière fragmente. Elle danse dans ces quelques mètres carrés pour se fondre dans le décor.  Cette femme cherche la lueur émancipatrice pour échapper au pouvoir aliénant des hommes et des religions. Pas à pas, elle s'affranchit de cet espace pour venir vers nous. C'est un hymne à la liberté que seule la danse peut à ce point métaphoriser. Sa fragilité devient sa force ; la musique l'accompagne pour mieux s'effacer au moment où le corps, prêt à flancher, se remet dans un mouvement libératoire. Elle retourne dans son alcôve : elle vient de là. Un instant voilée, elle s'en libère puis, avec ses doigts, elle entame une chorégraphie sur son ventre. On imagine, on entend les griffures. Elles ouvrent enfin la voie.
La danse fera toujours trembler. Même les dictatures.


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