Il est une heure du matin. Les mots se bousculent, les notes s’entrechoquent dans ma tête. C’est un joli chaos. La fête des Correspondances de Manosque vient de se dérouler au Café Provisoire en compagnie de musiciens et d’écrivains. J’ai reçu de l’énergie, de l’espoir alors que la France dans le monde semble se replier, maltraitée par le caniche de Bush qui n’hésite pas à pisser sur l’intelligence. D’entendre ces artistes lire leurs contributions pour « réveiller le monde » (thème proposé par les Correspondances) a quelque chose de réjouissant tel un acte de résistance créatif. Dix écrivains montent sur scène accompagnés de chansons de la «bande» à Florent Marchet (Arnaud Cathrine, Grégoire Louis, Arman Méliès, Joseph d’Anvers). Plus d’une heure trente de bonheur pour une centaine de privilégiés ! Tout commence par un texte d’Yves Pajeot lu par Arnaud Cathrine: pour réveiller le monde, il suffirait de changer de sexe régulièrement (se coucher homme et se lever femme!). Avec cette introduction, le ton est donné: place à la poésie, à la rencontre entre musiciens et écrivains. Le jeune chanteur Joseph d’Anvers est l’invité de la soirée: "Le courage des oiseaux", célèbre titre de Dominique A, ouvre la partie musicale comme une révérence à celui qui sait si bien articuler la musique et les mots. Suivent les beaux textes de François Begaudeau, l’hommage à Pascal par Sylvie Robic, l’émouvante Zahia Rahmani, la vivacité de Valérie Zenetti, le rêve lumineux d’Emmanuel Verret. Philippe Adam, Calude Bleton, Jacques Serana apportent leurs mots à nos maux. Loin de réveiller le monde, tous ces artistes nous invitent à le rêver, le penser autrement. Il évoluera parce qu’individuellement nous changerons de regard, collectivement nous chercherons des réponses créatives. L’écrivain Éric Meunié prend même le risque de lire la lettre d’une militante opposée au nucléaire et persécutée par Aréva dans sa région (en Normandie): elle nous interpelle sur notre responsabilité de citoyen face à cette énergie dangereuse pour l’avenir de la planète. Cette lecture sonne comme une provocation dans une ville, Manosque, située à vingt km du Centre d’Essais nucléaires de Cadarache et futur site d’ITER. Presque gênés, les Manosquins applaudissent timidement le courage de cette femme. Florent Marchet monte sur scène pour nous proposer une chanson de son dernier album à paraître en janvier 2007. Comme l’an dernier, humour et professionnalisme le caractérisent : j’aime cet artiste; il dégage une sincérité peu en vogue dans le milieu marchandisé de la chanson française. Il revient alors à Joseph d’Anvers de clôturer cette fête. Son premier album en 2005 m’avait enchanté ("Les choses en face"): sensible, il décline ses textes mélancoliques sur un rock doux, presque désabusé.
Je n’ai aucun doute sur la pertinence du concept de concert littéraire. Il revient aux Correspondances de voir plus grand: un lieu moins confidentiel, un collectif d’artistes à multiples facettes, une médiatisation plus importante. Il y a urgence alors que les médias standardisent la musique, marginalise la littérature. Plus que jamais, le spectacle vivant reste la meilleure réponse aux défis que nous pose le monde globalisé, car il permet de relier les arts, d’opérer des rencontres imprévisibles et d’inviter le public à se laisser surprendre, à ressentir de nouvelles émotions.

Le caniche peut toujours s’exciter, nous le tenons en laisse…


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