À la lecture de la présentation du spectacle, je comprends que Nacera Belaza, chorégraphe en résidence au Blanc – Mesnil, a vécu une période de repli sur elle-même. Ce qu’elle en écrit est intelligent : « Être danseuse et chorégraphe sont pour moi deux postures indissociables. Le point de vue de l’une alimente celui de l’autre, si je vois « clair » dans mes pièces c’est parce qu’aussi je suis à l’intérieur. J’ai souvent la sensation de les construire du dedans et du dehors. Mon espace de travail, lui, a toujours été un lieu privilégié qui m’a permis d’explorer mes principales préoccupations telles que : le silence, la lumière, le vide, l’obscurité, la vie, la fin, l’être humain…Tout cela à travers le corps. Cette recherche a nécessité par conséquent un véritable repli afin de nous couper du bruit de la rue et de nos vies ».
À présent, Nacera Belaza souhaite s’ouvrir, « refaire surface » et nous faire part de sa vision de l’être humain. C’est ambitieux, mais la danse m’a déjà habitué au défi de nous aider à comprendre notre complexité. Je suis donc curieux à l’idée de l’accueillir d’autant plus que je ne la connais pas. Le Théâtre de Grammont est comble, composé de pas mal de professionnels et d’amis de la chorégraphe, pour assister à « Titre provisoire / un an après… ».
Tout commence par une attente de dix minutes que le public semble ne pas supporter. Un magnifique jeu de lumières baigne la scène agrémentée d’un bruit d’une forte pluie tombant sur un toit. Cette alchimie m’évoque le repli sur soi, le travail intérieur, la découverte de nouveaux sens. Là où certains spectateurs manifestent leur angoisse du vide, je ressens la présence de l’artiste dans ce chaos. Progressivement, une silhouette se dessine à travers la vidéo. Je ne vois pas bien s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. L’ambiguïté est jubilatoire. Puis, par une étrange transformation, là voilà, humaine, qui arrive lentement sur la scène en hochant la tête. Sa venue rassure le public. Elle est suivie par deux danseuses, habillées à l’identique, dansant les mêmes mouvements. On croirait deux clones. C’est alors que le trio se met en place pour danser une valse où les gestes se répètent (rondeur, révolte, cassure). Ce langage du renouveau, du « refaire surface » est pauvre, presque anesthésiant. L’ennui me gagne. Cela ne m’évoque plus rien. À qui s’adresse-t-elle ? D’une posture de repli, Nacera Belaza nous offre une ouverture à partir d’un langage fermé. C’est comme si elle voulait expliquer la psychologie avec la musique des chiffres ! Je ressens progressivement un malaise…je ne me sens pas à ma place, comme un voyeur.
La fin du spectacle semble approcher. Elle reste seule et se met à tourner en rond. D’une ouverture, je ne sens que de la fermeture. Elle quitte la scène pour réapparaître sur l’écran vidéo. Elle danse au ralenti. Le langage ne change pas. Elle est dedans ; le public dehors.

Au final, « Titre provisoire / un an après… » est une œuvre égocentrique dont je ne doute pas de la valeur thérapeutique pour son auteur. Cela aurait pu être une danse autobiographique capable de faire résonance avec notre histoire. De résonance, je n’en ai pas entendu l’écho.

Créditphoto : G. Nicolas

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