Ce samedi 1er octobre, je me suis donc exilé pour assister au lancement de la saison 2005 – 2006 de la Scène Nationale de Cavaillon ((dois-je rappeler que j’habite Aix en Provence, « ville culturelle estivale »). Le public est là, nombreux. Je revois avec plaisir Marie – José, en pleine forme, pour un nouveau marathon théâtral! Le Directeur du théâtre (Jean – Michel Gremillet) est sur scène pour nous présenter les moments forts de la saison. Cet exercice est difficile…car comment présenter ce qui est en création? Comment informer sur  l’envers du décor? Finalement, quel sens peut bien avoir ce souci de la transparence si ce n’est de donner l’occasion au Directeur et au Maire de Cavaillon de monter sur scène?! Certes, cette présentation m’a permis de programmer un spectacle que je n’avais pas prévu (Denis Plassard et la 16ème promotion du Centre National des Arts du Cirques, les 18 et 19 octobre…les explications sont prometteuses!) mais ce monologue sans interactivité avec le public a des limites. En effet, quand Serge Valetti (dont la pièce Poeub est programmée le 10 avril) prend la parole pour revenir (son courrier publié par le Nouvel Observateur fin juin 2005 est encore dans toutes les mémoires!) sur l’absence de théâtre dans la cour d’honneur lors du dernier festival d’Avignon, je me sens prisonnier de ce dispositif où l’on ne peut pas intervenir. Inutile d’ailleurs de compter sur M. Gremillet, qui ne trouva rien d’anormal à cette attaque en règle, lui qui fustigeait dernièrement les journalistes « poujadistes » du Figaro, de France Inter et …du Nouvel Observateur sur leurs critiques envers la programmation audacieuse des Directeurs d’Avignon. Je ressens difficilement l’intervention de Valetti: sa croyance dans un théâtre cantonné seulement au texte m’insupporte (que fait-il du corps, ce langage de l’inconscient). A la fin de cette présentation, je ne me sens pas très bien…Malaise… Celui-ci sera plus fort à l’issue du spectacle de la Chorégraphe Maguy Marin et du musicien Denis Mariotte (« Ca quand même »). C’est un manifeste, un cri de colère de Maguy Marin sur la société de consommation qui positionne la culture comme produit, sur le public qu’il faut sans cesse satisfaire, sur la précarité des artistes que le conflit de 2003 a encore plus fragilisé et enfin sur les institutions qui ne semblent pas jouer le jeu de la création. Le propos est appuyé par une bande son qui déverse des mots sur une musique assourdissante. Maguy Marin et Denis Mariotte se clonent grâce à des photos grandeur nature posées  sur scène qu’un vent balaiera vers la fin du spectacle. Je suis cloué à mon fauteuil tant je ressens la colère de l’artiste. Mais en même temps, je me sens enfermé. On parle à ma place, on me culpabilise d’être ce consommateur si exigeant et l’attaque en règle des institutions me rappelle beaucoup trop les arguments des tenants du « non » au référendum européen. Lors des applaudissements (gênés) du public, Maguy Marin ne trouve rien de mieux que de se justifier (« J’en ai gros sur le coeur ») comme pour mieux se faire pardonner…La ficelle est un peu grosse. La culpabilisation n’est décidement pas le monopole de l’UMP! Je quitte Cavaillon quelque peu désabusé…Mais la saison ne fait que commencer. Il y aura bien un créateur qui fera confiance au public pour mieux le rendre compétent.

A lire le bilan du Tadorne sur le festival d’Avignon 2005.
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