Le chorégraphe William Forsythe présente en Avignon « You made me a monster » ; il est 17h et la chaleur est écrasante à l'extérieur. Je suis passablement énervé après les embouteillages monstrueux d'Avignon…Il est 16h50 quand me prend l'envie de m'allonger dans l'herbe avoisinante sous un arbre?.

 

Nous entrons dans ce gymnase où la mise en espace de William Forsythe surprend?Une dizaine de tables sont disposées ; sur chacune d'entre elles, une armature où les spectateurs créent avec les pièces d’un puzzle, des formes squelettiques. On nous invite à créer notre ?uvre ! J'ai du mal?Je viens voir ?or, je dois donner à voir?.Je commence à prendre les pièces, à tenter de les assembler les unes avec les autres…Je cherche une logique?Il n'y en a pas?A ma table, l'ancien Directeur du Festival d'Avignon, Bernard Faivre d'Arcier connaît les mêmes difficultés?Tout d'un coup, je me lâche?Je laisse aller ma créativité?mon squelette prend forme?.il est rond?je l'accroche à l'armature?tout d'un coup, un texte en anglais est projeté sur l'écran vidéo. William Forsythe parle de sa femme, morte d'un cancer : « Ma femme est morte deux mois après noël. Le compagnon de sa meilleure amie lui avait offert un cadeau. Le matin de Noël, elle déballa le grand paquet plat. Ma femme, mes enfants et moi-même sommes restés sans voix. C'était un squelette en carton de taille humaine à construire soi-même. Des années plus tard, je commençais à assembler les pièces mais sans regarder les instructions. J'ai tordu, plié et attaché les différents morceaux de façon aléatoire jusqu'à obtenir un modèle que je comprenne. C'est un modèle de douleur ». Trois danseurs arrivent et chacun danse les formes squelettiques crées par les spectateurs. Ils improvisent  leur danse pétrie de douleurs: ils crient et se contorsionnent. Je ne peux pas rester immobile; je tourne autour des tables et je regarde les danseurs à travers les formes en papier. Je danse moi aussi sans le savoir alors que tous les spectateurs restent figés! J'ai besoin de bouger, c'est plus fort que moi. Les danseurs sont magnifiques et les applaudissements sont chaleureux. Je sors KO de cette performance et je repense à tous les corps de mes amis morts du Sida?

Il est 18h15?Je ne sais plus où aller?Je déambule dans les rues d'Avignon quand tout d'un coup je reconnais un magnifique acteur vu l'an dernier au Festival dans « En enfer » de Reza Baraheni et Thierry Bedard. Il tient son amoureux  par la main…C’est osé en Avignon, dans une ville où le FN flirte avec les 40%…

 

A lire le bilan du Tadorne sur le festival d’Avignon 2005.

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