Il est 13h en ce dimanche à l’ambiance d’un printemps humide. J’ai le cœur qui bat comme si j’avais un rendez-vous amoureux. Cela peut paraître étrange mais Olivier Py a su créer avec son public un lien unique. Notre dernière rencontre remonte à 2000 pour « l’Apocalypse Joyeuse »  où de 17h à 5h du matin, j’avais assisté à l’un des plus grands spectacles de ma vie. Je repense encore à cette ambiance si particulière dans le public quand débuta à 4h du matin le dernier acte ! Seul le Festival d’Avignon peut nous procurer de tels moments !

Il est 14h15, j’arrive au Gymnase René Char à Avignon. Le public est là…Je regarde autour de moi pour me familiariser avec ceux qui m’accompagneront pendant 9h30 ! Je suis surpris : il est beaucoup plus jeune qu’ailleurs ; cela me rassure quand on connaît la désaffection de la jeunesse pour le théâtre vivant. Je m’installe entre une jeune fille et une…moins jeune ! Toutes les deux me repèrent (savent-elles que je vais parler d’elles dans mon blog ?!). La discussion débute autour d’Olivier Py et… « dérape» sur l’Europe ! Ne me demandez pas pourquoi, ni comment…Elles ont votées « non », j’ai voté « oui ». Les arguments fusent à nouveau et je lance, presque à haute voix : « Le non amène les nationalistes ! Les mêmes qui invitèrent Le Pen au deuxième tour, assoient le populiste Sarkosy ». Un homme qui se réclame soixante-huitard intervient : « C’est Mitterrand qui a amené le fascisme en France ». Je me sens mal…effondré par ce qui se joue…Je ne vois que des « nonistes ». La rupture dans le clan de la gauche est forte et l’Europe est à plat.

Le spectacle commence…Comment parler de 7h de magie ? Tout se passe en Arcadie, pays imaginaire et pourtant si réel quand Py décrit ses rapports avec …La France. L’auteur s’en donne à cœur joie pour décrire la décadence de la démocratie française, sa corruption et les effets du vote « non »…Je jubile intérieurement à l’idée d’imaginer la tête du soixante huit tard… Le public suit avec attention l’épopée de Florian, « l’homme au sourire » ; ce sourire qui l’empêche d’aimer. Nous suivons le passage de la dictature à la « monarchie démocratique » de l’Arcadie ! Nous frissonnons pour l’amour de Florian pour le jeune Homme muet, à l’histoire passionnelle entre Florian et Ferrare, industriel véreux qui finira chrétien assagit ! L’amour est entre hommes et qu’importe qui est homme, qui est femme…La mise en scène est haletante, les comédiens tous extraordinaires (mention toute spéciale à Christophe Maltot, magnifique comédien en roi, devenu prostitué pour finir fossoyeur unijambiste) et le jeu des décors appuie l’aspect dramatique et festif de la pièce.

Les entractes permettent de nouer des liens avec les spectateurs. J’entame une conversation avec une jeune étudiante qui veut devenir comédienne. Elle me fait part de sa difficulté d’aimer,  à l’image de Florian ! Je suis touché par une telle sincérité. Nous entamons le dernier acte (« La couronne d’olivier ») assis côte à côte. J’aurais bien continué la soirée platonique avec elle mais je n’ai pas osé !

« Les vainqueurs » est une magnifique trilogie même si parfois il m’est arrivé de décrocher quand Py va trop loin dans le concept « métaphysique ». Mais il sait rendre le théâtre vivant. Pour la première fois de ce festival, j’ai crié « Merci » lors des applaudissements.
J’ai besoin du théâtre pour sortir du jeu.

 

A lire le bilan du Tadorne sur le festival d’Avignon 2005.

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