Il y a des soirées qui marquent un festivalier. On n’en ressort pas tout à fait pareil ; on se sent beau, ouvert, ému, moins seul et heureux de ce lien unique avec les artistes.

Je quitte Aix en Provence pour le château de Trets à 25 km. Comme toujours dans ces circonstances, j’ai  peur de ne pas trouver ma route. Arrivé sur les lieux, je découvre que les chaises sont posées à même le sol. Il y a de fortes chances pour que je ne voie pas grand chose et je m’amuse de cette situation…je suis sur le côté et j’apperçois la scène de biais. Cette position me donnera par la suite une vision extraordinaire du spectacle de Michel Kelemenis, « Aphorismes géométriques » :
« Quatre femmes qui se présentent en solo sur une musique résolument contemporaine et expérimentales, une ambiance très urbaine et presque futuriste… Avec Aphorismes géométriques le chorégraphe marseillais Michel Kelemenis présente des femmes comme des personnages de sciences fictions… ; Regards effarés, gestes électriques et élégants, une pièce très abstraite qui se lit avec la musique (chaque morceau est d’un compositeur différent) du Centre national de création musicale. Les danseuses Rachel Bénitah, Caroline Blanc, Marianne Descamps, Claudine Zimmer sont des icônes des tempes modernes. »
Il me faut bien 20 minutes pour rentrer dans l’univers si particulier de Keleménis. Petit à petit, je suis complètement happé par ces portraits de femmes  (après les trois hommes de Rui Horta, la parité est presque parfaite). Les gestes sont incroyablement précis, gracieux…Je découvre des postures inédites et le dernier tableau, lorsque les quatre femmes dansent ensemble, est tout simplement MAGIQUE. J’ai des frissons partout, l’émotion monte et je reste figé par tant de beauté. Je remercie Marseille d’avoir en son sein un si beau chorégraphe. Il est vraiment dans le champ de la « danse fondamentale » au même titre que les chercheurs en physique des particules ! Kélémenis est un homme précieux qu’il convient de soutenir….Son travail est unique au monde.
Il est minuit quand je quitte le Château de Trets (je n’ose pas rester au pince fesses organisé par la Mairie…). Je préfère rester en état d’apesanteur…Je mets France Musiques dans la voiture et là…miracle ! Je suis en direct de la Roque d’Anthéron où se joue un concert de l’ Orchestre Symphonique de Flandre avec Martha Argerich au piano, Renaud Capuçon au violon et Gautier Capuçon au violoncelle. C’est tout simplement magnifique ! Je m’imagine les quatre danseuses de Kéléménis accompagner cet orchestre!! Voilà une idée pour l’édition 2006…

 


Il est 1h du matin…Je n’arrive pas à dormir…Bernard Menaut, Rui Horta vus cet après-midi et Michel Kéléménis se bousculent dans ma tête (cela fait quand même du monde !). A eux  trois, ils m’ont donné de belles géométries dans ce monde que certains voudraient si carré…

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Michel Kelemenis, choregraphe essentiel.

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