Le 11 novembre 2013, journée de la mémoire de la Grande Guerre de 14/18… Le 11 novembre, nos mémoires se réveillent, mais sur un quartier de notre ville. C’est la septième édition de la ZAT de Montpellier, «Zone Artisitique Temporaire». Depuis 2010, l’art nous entraine dans les plus petits recoins de la ville. Nous vivons à Montpellier, croyant la connaitre, mais à travers une démarche interactive d’accompagnement artistique, nous ouvrons  de nouvelles recherches cognitives.

Le froid, le vent, se sont levés ce matin. Nous sommes quelques intrépides à nous glisser hors de nos lits, en ce dimanche, pour suivre une visite urbaine ou écouter des chercheurs, architectes, sportifs, artistes, nous dévoiler leur conception du  » Do it your self ». » Faire soi même », nous sommes au coeur de cette actualité. Habitants, spectateurs, acteurs, citoyens, nous devenons tout à la fois, dans la polyvalence de nos déambulations. Nos errances ont un but: glaner l’artistique à chaque coin de rue, ou dans des lieux fermés habituellement.

L’interaction est partout; la rue et son public vivent à l’heure d’ un festival éphémère. Les langues se délient, les regards s’agrandissent, les visages s’animent. Petits et grands, citadins et banlieusards, nous voici tous réunis. Autorisés à prendre son temps, dans des espaces nettoyés de voitures et de contraintes. Autorisés à partager avec nos voisins ses sentiments. L’émotion
devient le principal levier de communication. Le plaisir est palpable. La patience est mise à l’épreuve, car l’attente peut être ponctuée de frustrations, si les portes restent closes faute de place. Mais on prend l’initiative d’aller quelques mètres plus loin, trouver refuge dans une salle éclairée, devant la chaleur d’un brasero, rencontrer un ami perdu de vue, écouter une musique, regarder un mouvement de danse, saisir une poésie…L’art fuse tout à coup dans l’urbain et rassemble. Il faut accepter de ne pas pouvoir tout voir. Deux jours, c’est trop court. À nous de prolonger ces formes artistiques dans la ville, de les relier, de les penser et de bâtir de nouveaux projets citoyens.

L’introduction  » Du Bohneur est dans le chant » de la Compagnie les Grooms, nous a fait imaginer quelques instants, un adjoint municipal à l’urbanisme, la culture et au développement local.

« Vacheries » ont cultivé nos champs de citadins à travers la voix de Jean Louis Trintignant, accompagné par Michel Arbatz et Olivier Roman Garcia.

 » Poêtre » a ému la foule, dans les textes à étages du collectif  Brigade d’interventions Poétiques/ Compagnie Zigzag.

La fanfare des Kadors est devenue troupe dignement descendue de Pina Baush, chorégraphiée par François Rascalou.

La Laiterie, lieu de convivialité connu de tous, nous  fait découvrir la vie des artisans locaux et sourire devant les créations de Cyriak.

Dynamogène a réveillé nos âmes d’enfant dans les cliquetis de leurs machines. Tout à coup je me suis transposée dans l’atelier de mon grand-père. J’ai frôlé son bleu du bout des doigts, j’ai senti l’odeur de l’huile, et la scie musicale m’a coupé le souffle…

Lors de la tchat Zat, un géographe, Luc Gwiazdzinski, nous a donné à voir la Zat derrière la lumière de son esprit de chercheur. La Zat a tout à coup transformé notre cité en pistes de réflexion. Nous avons touché la notion d’éprouver, de gouter au choix du mouvement, de l’imaginaire, du modeste  » Do it yourself »,  brillamment théorisé la veille par l’architecte Étienne Delprat, a pris toute sa dimension utopique. Thomas Riffaud a apporté sa dose de prise de risque, dans le ludique conceptualisé  au milieu de l’espace urbain.

J’ai fini ce week-end par une ligne bleue; celle dessinée sur l’épaule  de Dimoné, chanteur aux accents du Sud. Pendant que sa chair était percée par l’aiguille du tatoueur Bruno, nos coeurs battaient fort. Ce quartier, oui on le connaît. Cette voix, oui on la connait, cette complicité musicale on la reconnait.  Ses mots de mélancolie chaleureuse nous accompagnent dans la nuit bleutée. Demain nous nous  réveillerons jiminys, avec de nouveaux désirs, pour dessiner un nouvel horizon plus clair en sortant du ventre de la baleine.

La Zat a mis en valeur la dynamique d’un nouveau quartier, du potentiel qui vit en chacun de nous. Maintenant à nous de relier ces énergies : » »Get lucky yourself « .

Sylvie Lefrère – Tadorne.

"ZAT" de Montpellier les 10 et 11 novembre 2013 dans le quartier Boutonnet.

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