Monoprix existe depuis des générations. Vous avez certainement déjà emprunté ses allées, mais jamais avec une metteuse en scène!  Paule Groleau nous y introduit en nous frayant un passage entre les rayons et les cintres suspendus. Emmanuel Darley a écrit ce texte en 2007. Le Grenier à sel à Avignon nous propose une troisième adaptation pour le théâtre. Jean Marc Bourg et Jean Claude Dreyfus avaient précédé Patrick Sueur, le comédien d’aujourd’hui. Il épouse le corps du personnage de cette histoire singulière. Sa silhouette est longiligne, son visage est doux, son regard clair est apaisant, son attitude est calme.

Il est une femme, Marie-Pierre, à la peau aussi lisse que son caractère. Dans une autre vie, il était Jean-Pierre. Après ce changement d’identité, il a déménagé, mais il revient régulièrement rendre visite à son père dans sa ville d’origine. Une certaine façon de garder un pied dans le passé et dans le réel. Ces prénoms composés ne sont-ils pas les métaphores de désirs de vies multiples ? Nous suivons pas à pas Marie-Pierre dans ses trajets. Elle dégage une forte volonté. Elle assume le regard des autres, et se risque chaque semaine à celui de son père. Il vit seul après la disparition de sa femme, soutenu par son enfant, qui lui rend des visites hebdomadaires.

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Mais Marie-Pierre a de multiples facettes : enfant-homme, femme-adulte, aide ménagère, fille…Elle semble être dans un contrôle permanent. Sa robe rouge et ses escarpins brouillent notre représentation. Elle dégage l’élégance de la dignité. Elle ne baisse jamais la garde. Elle tient tête calmement aux jugements de son père despotique. Son esprit s’évadera une seule fois avec une envie d’envoyer se faire voir cet homme machiste dans ses exigences vis-à-vis de sa fille/garçon/ménagère, mais prisonnier de ses faiblesses, celles de ne pas s’assumer seul. Marie-Pierre fait face. Elle orchestre tous les mardis, dans la perspective de la semaine à venir. Tout est réglé comme du papier à musique: la liste des courses, la lessive à étendre, le menu pour tous les jours…Elle représente la parfaite ménagère, l’enfant idéal, l’épouse  rêvée…Elle rappelle régulièrement son prénom à ce père qui refuse de l’accepter en tant que telle. Mais le jour où elle disparaîtra que deviendra-t-il ?

Le dialogue de ce père et de cet enfant est le quotidien de bien des femmes. Une vie de soumission apparente dans lequel des Matriochkas se cachent. Pour recouvrir leurs corps, elles superposent plusieurs enveloppes d’oignon et de chair, où se combinent force et fragilité, homme et femme et ne débordent que ce qu’elles veulent bien laisser apparaître…

Emmanuel Darley nous tient par la main, en compagnie du jeu de Patrick, du corps de Paule, et nous soutient globalement dans nos cheminements complexes, à l’image de ceux de Jean-Pierre et Marie-Pierre.

Comme un arbre déraciné qui cherche sa source.

Sylvie Lefrere – Tadorne

« Le mardi à Monoprix» d'après le texte d'Emmanuel Darley, mis en scène par Paule Groleau, au grenier à sel du 7 au 27 juillet 2013 au festival OFF d'Avignon.

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