Par une chaleur écrasante, je quitte Avignon, hors les murs, vers l’auditorium du Pontet. Je suis en avance….j’ai une heure à perdre. Je m’assois sur un banc devant la salle. Les spectateurs arrivent petit à petit. Le public est varié, d’âges différents, moins aisé qu’habituellement dans le festival In.

Des jeunes gens me demandent l’heure de début du spectacle. Ils semblent nerveux. L’un exprime la présence de sa sœur dans la troupe des comédiennes: il est tracassé par ce qu’elle va bien pouvoir dire. Ils échangent vivement avec un homme plus âgé, qui pourrait être leur éducateur de rue. Leur altercation est de l’ordre du dominant/dominé. Les talons se tournent et les menaces fusent. Témoin de cette scène, je suis un peu mal à l’aise, mais je continue ma lecture. Les spectateurs arrivent par grappes, et nous nous fondons tous dans la salle.

Cette proposition dans le Festival In est innovante, car des habitants du quartier de Montclar, à Avignon, sont sur scène mêlés à des artistes. Ils ont partagé des ateliers de parole, de théâtre, de chant, de percussions corporelles. Michèle Addala, comédienne et metteuse en scène, est  à l’origine de ce projet. Ce travail s’inscrit dans un processus de création, associant la vie du territoire.

On observe actuellement une recrudescence de spectacles mettant en jeu des amateurs en lien avec des projets d’école du spectateur, apprentissage de théorie ou de pratique où la créativité apparaît trop souvent empreinte de rigidité (voir à ce sujet l’article de Pierre-Jérôme Adjedj sur le Tadorne). Dans «La parabole des papillons», le projet est collectif, co-construit entre le vécu des habitants, des comédiens, des auteurs (dont Jean Cagnard, dont j’ai pu apprécier plusieurs lectures cette année).

LA PARABOLE DES PAPILLONS -

Les non-dits et les secrets ne se disent plus sous le manteau, mais émergent crûment. La violence conjugale, les viols, les jeux de pouvoirs familiaux, la découverte de la féminité sont révélés au grand jour. Les femmes voilées ont un droit d’expression. Les femmes isolées retrouvent la fluidité de mouvement qui favorise les rencontres. Les petites filles sont associées et clament des mots qui claquent aux oreilles de leurs mères, et de leurs grands-mères. Elles portent des ailes rouges du désir de changement, pour vivre en toute liberté. Elles crient pour  protéger  leur champ d’action et le plaisir d’aimer. Elles virevoltent sur scène, se grisent au point de ne plus vouloir la quitter.

Chaque comédienne expose sa personnalité, sa force fragile. Les hommes, eux, ceux qui étaient les agitateurs du dehors, sont physiques dans leurs mouvements et leurs propos. La haine est exprimée. La réflexion sur le sens de la dureté en découle. De leurs multiples ruisseaux de vie, ils nous bâtissent un fleuve. Ils créent un chant de valeurs communes où ils peuvent voguer en toute sérénité. Devant un mur de panneaux opaques, à l’image de leur quartier, tous artistes, ils ont les yeux brillants d’émotion.

Signature accord-cadre entre le ministère et Total par ministeredessports

Ce processus de création me conduit penser l’avenir éducatif. Pourquoi demander à Total de financer l’apprentissage de la jeunesse? Les méthodes d’ouverture artistique ne sont-elles pas les meilleurs facteurs de bien-être et de réflexion sur le réel? En ces temps de crise, nous avons besoin de défendre des valeurs fortes. La plus belle économie est un investissement comme celui-ci, en mettant en lumière la richesse créative de chacun, de sa source, en mixant  les générations, les origines et les quartiers. Ce sont de telles initiatives qu’il faut essaimer sur tout le territoire en décloisonnant les institutions, car là, est la ressource. Inépuisable.

Sylvie Lefrere – Tadorne.

« La parabole des papillons » de Michèle Addala du 5 au 9 juillet 2013 à l'auditorium du Pontet.

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