Depuis combien de temps ne me suis-je pas rendu au Théâtre Gyptis à Marseille ? Géré par la Compagnie Chatât-Vouyoucas, ce lieu n’a jamais nourri mon cheminement de spectateur. Cette année, l’association Marseille Provence 2013 coproduit «Macbeth», mise en scène par Françoise Chatôt. Confiant, je suis prêt à me laisser surprendre en rêvant d’un théâtre ouvert, généreux, renouvelé…N’est-ce pas là une des missions de la capitale culturelle ?

La salle est plutôt clivée : des rangées de spectateurs âgés côtoient celles occupées par une classe de terminale. J’entame la conversation avec une jeune fille : ils viennent tous d’un lycée d’Aix en Provence où ils apprennent plusieurs langues et s’exercent à traduire des textes classiques, dont Shakespeare. Ses désirs d’ouvertures nourrissent ma vision de spectateur curieux. Notre échange est interrompu par une longue annonce où sont énumérés des rendez-vous auxquels nous sommes conviés au cours des prochains jours : des universitaires vont se bousculer pour distiller la parole savante autour de «Macbeth». Spectateurs obéissants, cultivez-vous ! Cette approche du lien spectateur – lieu est effrayante.

Finalement, le cadre est posé: une jeunesse prête à s’ouvrir sur le monde et un spectateur-blogueur désireux de promouvoir la capitale culturelle par le théâtre. La première sera prise de rires convulsifs tandis que le deuxième fulminera d’assister à un art vivant aussi dépassé, sans âme, mais avec probablement un joli budget.

Le visionnage de la vidéo mérite peu de commentaires. Ce que l’on voudrait nous faire admettre comme du mouvement n’est qu’une suite de gesticulations. Il n’y a aucune corporalité du texte dans la mise en scène : juste des corps droits, prisonniers de costumes, comme si les comédiens enfilaient une camisole de force, celle imposée notamment, par la traduction ampoulée de Jean-Michel Déprats.  

La modernité se résume ici à une vidéo sans profondeur : elle n’est que décor, à l’image d’un plateau sans relief (tout juste, descendons à la cave comme si on allait y chercher le bon vin…). Tout est de haut en bas et vous tombe dessus.  La pièce est si séquencée que l’on en perd le sens de l’œuvre : avec Françoise Chatôt, le pouvoir est un statut comme si elle ignorait qu’il est surtout un jeu ! Rien ne transpire des interactions : une certaine idée du théâtre impose les mots contre le corps, le savant contre l’émotion, le paraître contre le biologique. Je ne m’étonne plus de voir la poussière se soulever du plateau et des costumes : elle est partie prenante du jeu.

Je fais donc un rêve pour les jeunes étudiants d’Aix en Provence et pour les habitants du quartier de la Belle de Mai…Qu’un nouveau théâtre puisse les accueillir…

Pour qu’avec les artistes belges, ils puissent s’émouvoir de tout leur corps pour en rire…

Pour qu’ils se perdent dans le travail vidéo de Fabrice Murgia et approcher son théâtre circulaire….

Pour qu’ils ressentent un lien social régénéré avec le théâtre argentin…

Pour qu’ils s’humanisent en gueulant avec l’italien Pippo Delbono

Pour qu’ils osent embarquer avec Claude Régy vers des contrées inconnues…

Pour qu’ils goutent au théâtre dansé de Maguy Marin

Pour qu’ils s’épatent de culot des Allemands quand il s’agit de mettre en scène Shakespeare…

Pour qu’ils découvrent l’engagement de jeunes metteurs en scène régionaux qui croisent danse, théâtre et arts plastiques…

Pour qu’ils s’évadent définitivement de ce théâtre pénitencier.

Pascal Bély – Le Tadorne.

« Macbeth » de Shakespeare, mise en scène de Françoise Chatôt au Théâtre Gyptis du 22 janvier au 9 février 2013.

Une réponse à Marseille Provence 2013 : peine capitale pour le théâtre.

  • Catherine G dit :

    Pour qu’ils ne soient pas dégoutés au point de ne plus jamais oser …au point de ne plus prendre le risque de la représentation théâtrale , pour qu’ils conservent leur enthousiasme, leur curiosité, leurs ENVIES…

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