Dans quelques semaines, Marseille et sa «métropole» seront le territoire d’une capitale européenne de la culture. Peu d’habitants ont conscience de l’enjeu, d’autant plus qu’aucune proposition ne nous a permis de nous rassembler. Pourtant ce soir, à Klap, Maison pour la Danse, un événement a fait date: des gradins, le public a dansé! Oui, nous avons dansé : joyeux et émus d’être ensemble! Depuis quand cette sensation ne m’a-t-elle pas traversé dans cette ville, en proie aux pires démons? D’où nous vient ce petit miracle ?

Il vit à Paris. Mais ne nous y trompons pas. L’homme est avant tout méditerranéen (par ses origines corses et son long exil à Barcelone d’où il créa en 2006 «Méli-Mélo», objet chorégraphique hilarant, toujours en tournée !). Philippe Lafeuille est à Marseille dans le cadre de «Question de Danse», festival de création proposé par Michel Kelemenis, où les chorégraphes présentent une étape de leur projet. Ce soir, je suis particulièrement touché: Président de sa compagnie depuis deux ans, Philippe Lafeuille est sur mes terres où le public marseillais est le premier à vivre l’expérience. Son univers décalé, onirique, un brin provocateur, mais toujours à l’écoute, va-t-il rencontrer un public peu habitué à ressentir la danse par le plaisir partagé?

dress-princess«Le bal des Princesses (et des princes !)» ravive les souvenirs de l’enfance qui se projettent sur la scène de nos désirs dans un aller-retour incessant. Car si Philippe Lafeuille ose endosser la robe dès l’ouverture, c’est pour m’inviter à lâcher la mienne, tressée par des fils de muraille. Avec trois interprètes, il va créer sur la scène les conditions pour qu’elle se prolonge vers nous, dans nous. Un petit miracle, vous dis-je, rendu possible par trois visiteurs du soir, invité à peupler nos imaginaires…Question de danse

Marie Barthélémy incarne princesse utopie: sa robe, c’est notre seconde peau, celle qui se déchire par la force du désir d’en découdre… 

Thomas Caspar est criant de vérité à courir autour de lui-même, à créer le tourbillon de sa valse à mille temps, celle qui le métamorphose en prince éternel de nos fragilités trop souvent réprimées.  

Corinne Barbara est impressionnante en princesse triste: robe à la main, elle s’accroche à quelques spectateurs invités sur le plateau. C’est un moment foudroyant vers nos rêves d’enfance perdus dans la fureur de nos modernités abusives.  Tandis que Philippe Lafeuille, en maître de bal, nous propose de le suivre, me voilà prince et princesse, renvoyé au genre humain. Reviennent alors les mouvements des jeux d’enfants où mes draps se faisaient château, où mon arbre-cheval m’offrait des chevauchées fantastiques, où sous la table de la cuisine, je me proclamais prince du royaume du réconfort. Alors qu’il m’invite à enfiler ma bague, je me souviens des fêtes entre amis, où jeunes, nous revendiquions nos différences à l’heure où le Sida nous faisait croire que nous étions punis, au piquet.

Ce soir, Marseille a eu son bal. Celui de la libération.

Un bal pour faire valser nos péchés culturels capitaux.

Pascal Bély – Le Tadorne.

« Le bal des Princesses (mais aussi des Princes » à Klap, Maison pour la Danse les 9 et 10 novembre 2012. A voir au Centre National de La Danse à Pantin le 14 juin 2013.

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