Lors des «Offinités» organisées sous le chapiteau du Village off par les Tadornes, la question de l’engagement du corps dans les propositions donne lieu à de véritables échanges. Que ce soit en matière de théâtre, de danse ou de formes hybrides, la présence du corps doit être entière pour raconter et émouvoir. Il est le lien qui nous unit au plateau. Cet engagement doit être fécond, apporter une lisibilité au propos et le servir sans faille. La compagnie Gazoline, qui présente «Piscine (Pas d’eau)» à l’Entrepôt, est la démonstration même que le corps peut être est un langage global.

Par sa forme alambiquée sous forme de flash-back, le texte de Mark Ravenhill, prend corps dans le jeu des comédiens. Les mots, portés avec une énergie débordante, soulignent le danger à mettre en scène un tel texte. Les comédiens n’ont pas droit à l’erreur au risque de faire retomber la tension et l’attention du spectateur dans les échanges qui sont d’une cruauté et d’une méchanceté sans pareil.


La mise en scène de Cécile Auxire-Marmouget est jubilatoire. Elle nous entraîne dans cette histoire d’amitié et de jalousie avec une réelle aisance, sans faire de surenchère. Par une analyse sociologique de la notion d’appartenance au groupe, «Piscine (pas d’eau)» explore les relations amicales. Chacun à un rôle à jouer, bien défini, pour la survie du collectif. Une hiérarchie s’impose d’elle-même. On y retrouve le meneur, le rigolo, le ringard,  le laisser pour compte, le looser. L’étiquette avec laquelle l’individu évolue lui colle à la peau, crispant les relations.  La cruauté, la jalousie et l’envie agissent alors comme un miroir déformant de notre relation à l’autre.

Le dispositif scénique de Pierre Mélé rend compte de l’atmosphère du texte. Il n’est pas si facile de faire rentrer une piscine sur un plateau; de convier le public à un vernissage d’exposition; de prendre l’avion pour rejoindre l’amie de toujours qui a réussi là où les autres se sont contentés de vivre un simulacre de réussite; de nous emmener dans le service des urgences d’un hôpital. Et pourtant, toutes ces situations se télescopent sur le plateau sans s’empiler.

Les mots de Ravenhill tourbillonnent, explosent dans une énergie que la compagnie Gazoline déploie à merveille. Comédie méchante, voire très méchante, sur nos amitiés perdues et factices de notre société d’aujourd’hui.

Laurent Bourbousson – Le Tadorne.

Piscine (Pas d’eau), compagnie Gazoline, au Théâtre de l’Entrepôt, tous les jours à 17h30, jusqu’au 28 juillet 2012.

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