Savez-vous d’où vient cette fleur? Sa photo fut postée par Francis Braun sur la page Facebook du Tadorne. Je lui ai demandé de nous raconter son histoire. Mémoire de spectateur…

Pascal Bély

Arthur Plasschaert a travaillé longuement avec Maritie et Gilbert Carpentier à la télévision. Il a été le chorégraphe de Chantal Goya. Dans les années 80, il venait régulièrement avec sa soeur à Saint-Rémy, et nous parlions souvent de music-hall, de théâtre et de danse et même parfois de spectacles dont il était le chorégraphe….J’y allais sur la pointe des pieds, car Chantal Goya et ses lapins ne me passionnaient pas outre mesure.

Un jour,  il a évoqué certains chorégraphes. Il en parlait avec beaucoup de discernement, de rigueur et d’impartialité. Sa connaissance de la danse ne me laissait pas indifférent et j’étais persuadé que parmi ses choix, certains devaient être passionnants. J’en connaissais certains, et d’autres m’étaient totalement inconnus. C’est en juin 1980, qu’il me conseille d’aller voir ABSOLUMENT un spectacle d’une chorégraphe allemande au Théâtre Municipal d’Avignon pendant le Festival. Ce nom m’était inconnu comme à beaucoup d’autres à cette époque-là. Il me dit d’un ton professoral: «va voir PINA BAUSCH et tu verras !».
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J’ai  hésité à suivre son conseil. Mais vu son insistance et sa conviction à défendre cette danseuse, je pris des places au Bureau du Festival. Je réservais alors un rang entier pour ma famille et mes amis. Nous étions au 8 ° rang….et ce fut LA Révélation.
Pour retracer l’événement, il faut se souvenir…Ce fut en 80, un nouveau départ, une nouvelle démarche pour la direction du Festival…Un bouleversement pour moi aussi, mais également pour de nombreux spectateurs :
« La nouvelle génération du théâtre comme de la danse faisait une entrée en force : Daniel Mesguich (Le Roi Lear), Jean-Pierre Vincent (Les Dernières nouvelles de la peste de Bernard Chartreux), Georges Lavaudant (Les Céphéïdes de Jean-Christophe Bailly), Jérôme Deschamps (Les Blouses), Manfred Karge et Matthias Langhoff (La Cerisaie, Le Prince de Hombourg), Philippe Caubère (La Danse du diable), Pina Bausch (Kontakthof, Walzer, Nelken), Jean-Claude Gallotta (Daphnis et Chloé, Yves P), Maguy Marin, etc. »(Dixit le Festival d’Avignon).
Pina avait conquis les festivaliers sauf, bien entendu certains, qui outrés, scandalisés ou heurtés  avaient quitté la salle en hurlant….
D’abord au Théâtre municipal, « EIN STUCK VON... » dansé, orchestré, dirigé, amené avec surprise par une dame, longiligne, cigarette au bec, cheveux longs, maigreur terrible, une dame sortie de Wuppertal, du noir profond de la  lugubre Allemagne, une ombre sortie d’une mine de charbon, une ombre allemande sortie de toutes les Tragédies, une dame sublime dans sa rigueur, dans le geste de ses bras, dans l’abime de son regard.
Pina, Pina, Pina…il fallait l’appeler par son prénom…ainsi elle entrait chez les spectateurs, comme le membre essentiel de notre famille, un gourou, un emblème, la chef de file d’autres spectacles…avant elle, après elle, tout allait, à présent devenir différent.
Notre enthousiasme fut immense. Nous mimions même les farandoles des comédiens qui passaient dans les rangs et faisaient semblant d’offrir du thé aux spectateurs étonnés et ravis. A qui voulait l’entendre, j’affirmais : «il y a un avant et un après Pina». Tout allait changer.
« Ein Stuck von » ; « Kontakthof » ; « Café Muller« ;  « Bandonéon » ; « Nelken« …
Puis cette fleur, et ses ?illets que j’ai volés sur le Plateau de la scène du Palais des Papes…Mais je m’en foutais, je devais les avoir; quitte à me faire attraper, j’étais devenu l’enfant, celui qui bravait l’interdit. Je les  voulais, je les ai volées et depuis je les aie.
Je les aime bien ces  fleurs….elles n’ont  jamais fané depuis, car c’est évident, c’est l’éternité et c’est peut-être la magie de Pina…
Francis Braun, Le Tadorne.

Alors, d’où vient cette fleur? Vos réponses en commentaires, ci-dessous.

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