« Le suicidé» de Patrick Pineau à la Carrière de Boulbon est l’un des spectacles d’ouverture de la 65ème édition du Festival d’Avignon. Celui-ci prend soin de préciser sur sa page Facebook qu’il ne faut se fier au titre : «« Le Suicide » est une pièce terriblement drôle, une comédie féroce et loufoque !». Les communiquants sont décidément toujours bien intentionnés pour ne pas perturber notre confort.

Nous sommes propulsés dans l’ère soviétique, de celle des appartements communautaires, du poids de la masse sur les individus et de la folie technocratique. Sémione Podsékalnikov est au chômage depuis trop longtemps. Au bord du suicide, il va faire l’objet de toutes les attentions d’un groupe prêt à le manipuler pour transformer son acte en geste héroïque envers différentes causes. Sa famille tente de déjouer les pièges, mais sa maladresse amplifie le chaos. Tel un jeu de dominos, l’auteur Nicolaï Erdman écrit une oeuvre à la mécanique infernale où l’action d’un personnage provoque le désordre dans la communauté.

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Malgré l’agitation sur le plateau, certains spectateurs déchantent, jusqu’à décrocher physiquement (entendez, dans les bras de Morphée). Car si l’on rit à certains moments, l’ennui nous gagne rapidement.

Il y a ce mur qui nous saute aux yeux, au coeur de la mythique Carrière de Boulbon. C’est déplacé. A plusieurs reprises, notre imaginaire rêve de franchir LE MUR : il est une barrière à la Carrière. On ne comprend pas pourquoi CE MUR,  alors que la Carrière est un vrai MUR  de pierres…Nous voici  dans le faux,  dans le jeu, dans la farce. C’est une mascarade assumée.  Il y a bien une bande de comédiens qui veulent jouer, qui jouent trop et c’est dommage. À regret, Anne Alvaro (la grande et belle) en devient caricaturale. Patrick Pineau en taureau désespéré s’en tire bien.

On peut évoquer Gogol, Tchekhov,  toute la Russeideité, on peut y voir tout le désespoir d’un homme et de ceux qui l’entourent (à qui la faute ?).  Mais quand cette pièce rejoint le théâtre de Boulevard, quand on est témoin d’une telle rigolade,  il vaut mieux stopper là le jeu, se cacher derrière ce mur, qui devient  celui de toutes nos déceptions, de nos regrets et de notre amertume.

Francis Braun, Pascal Bély / Le Tadorne.

« Le suicidé » par Patrick Pineau au Festival d’Avignon du 6 au 15 juillet 2011.

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