Cette année, les enfants sont sur scène. C’est l’un des choix artistiques de la direction du Festival d’Avignon. Ils sont amateurs, entourés par des professionnels qui doivent laisser s’exprimer ce qui relève de l’enfance, tout en évitant l’infantilisation. Retour sur deux propositions.

En ce mercredi 6 juillet 2011, le plus grand festival de théâtre du monde s’ouvre à 15 heures avec «Petit projet de la matière». Depuis janvier dernier, Anne-Marie Lescop travaille avec seize élèves de l’École Monclar d’Avignon afin de leur transmettre l’expérience de «Projet de la matière» d’Odile Duboc et Françoise Michel.

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Au commencement, un mouvement nous saisit : un petit garçon entre sur scène par la gauche pour la traverser et toucher l’?uvre de la plasticienne Marie-José Pillet. Sa démarche hésitante et déterminée n’est pas sans me rappeler la traversée du festivalier : où allons-nous  en ce début de festival? Vers quel projet ? Nous voilà accueillis de la plus belle des façons ! Une fois arrivé, un groupe d’enfants le rejoint pour ressentir à son tour ce décor minéral fait de grosses pierres, de mur de granit et de monticules de terre grise où les corps se fondent pour former des statues vivantes. Ce qu’ils éprouvent nous est immédiatement transmis.  Ici, le corps est sculpture pour entrer dans notre musée de la danse ! L’eau est partout et pourtant absente du plateau : cette danse qui fait illusion procure une douce sensation de bien-être d’autant plus qu’elle célèbre la communication ! Ici, on se jette dans l’espace pour se fracasser ou se fondre dans la matière, on se soutient, on s’isole pour se ressourcer et nourrir le lien avec l’autre. La force du groupe parvient pas à pas à faire entrer le végétal dans cet univers minéral : l’enfant pousse comme un lierre contre le mur, explore et malaxe comme un paysan qui laboure sa terre,  change comme la sève qui nourrit la branche. Peu à peu, un monde imaginaire de l’enfance se relie à notre vision d’adulte. De cette rencontre, naît la joie d’être un spectateur qui grandit avec eux.

Mais un regret : ces enfants paraissent parfois réservés comme si la transmission se confondait avec l’apprentissage d’un savoir normé.

«Sun» de Cyril Teste et le collectif MxM est une proposition théâtrale qui campe deux enfants en quête d’un ailleurs à l’aube de leur adolescence. La feuille de salle nous précise que l’histoire s’inspire d’un fait réel. Soit. On peut toujours s’y raccrocher lorsqu’on est pris de bâillements intempestifs. Le dispositif scénique articule avec une précision millimétrique vidéo, plateau pivotant, décor amovible et son numérique. Autant dire que nos deux chérubins sont cernés : rien ne vient explorer leur univers tant le langage est policé jusqu’à paraître lisse.  Le tout est trop suggestif comme s’il fallait démontrer la fonction des nouvelles technologies au détriment du sensible. Cyril Teste semble poser un postulat pour le moins contestable : l’enfance devrait nous faire rêver? On pourrait y déceler une poésie théâtrale, mais je ne vois qu’une scénographie travaillée aux dépens d’une mise en scène courageuse et assumée. On ne l’écrira jamais assez : l’outil en soi ne véhicule pas le sens. Un  enfant n’est pas comédien (sauf quand on lui fait dire des propos d’adultes) : le théâtre doit donc pouvoir lui offrir un espace de liberté dans son lien avec l’adulte. Dans «Sun», celui-ci se réduit à l’apprentissage d’un noeud de cravate et d’une caresse sur les cheveux.

Sans matière, sans chair, «Sun» est un petit projet…

Pascal Bély, Le Tadorne.

« Petit projet de la matière » d'après « Projet de la matière » d'Odile Duboc et Françoise Michel les 6, 7 et 8 juillet 2011.
« Sun » de Cyril Teste du 7 au 13 juillet 2011 au Festival d'Avignon.

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