Ce sont mes dix chefs d’oeuvre sur près de 140 spectacles vus en 2010. Sept femmes, trois hommes qui ont osé chercher dans le chaos le plus indescriptible, les ressorts de notre (in)humanité. Dix chefs d’oeuvre où les arts se sont bel et bien croisés (pourquoi continuer à séparer le théâtre, la danse, la peinture et la performance?) pour conduire le spectateur dans ce qu’il ne peut atteindre seul. Ces dix artistes ont été les éclaireurs d’un voyage au bout de la nuit…

1)    Angelica Liddell,  « La casa de la Fuerza« , Festival d’Avignon,
2)    Maguy Marin, « Salves« , Biennale de la danse de Lyon
3)    Anne Teresa de Keersmaeker, « En atendant« , Festival d’Avignon
4)    Christoph Marthaler,  « Schutz vor der zukunft » , Festival d’Avignon
5)     Simon McBurney, « Shun-Kin », Festival d’Autonme de Paris.
6)    Angela Laurier, « J’aimerais pouvoir rire« , Subsistances de Lyon
7)    Gisèle Vienne, «This is how you will disappear« , Festival d’Avignon
8)    Christoph Schlingensief, « Via Intolleranza II », KunstenFestivalDesArts de Bruxelles
9)    Cindy Van Acker, « Lanx » / « Obvie » / « Nixe » / »Obtus » , Festival d’Avignon
10)  Christiane Vericel, « les ogres ou le pouvoir rend joyeux et infatigable « , Théâtre d’Oullins

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Angelica Liddell – « La casa de la Fuerza » – Crédit photo: Christophe Raynaud de Lage.

L’Espagnole Angelica Liddell avec « La casa de la Fuerza » est probablement l’une de nos plus grandes dramaturges européennes où le corps intime peut évoquer la douleur du monde. Rarement une artiste s’est engagée aussi loin sur scène pour accueillir la poésie de nos âmes torturées par l’imbécillité des puissants.

Avec « Salves« , Maguy Marin a chorégraphié le théâtre pour nous remettre dans la danse. Elle a cherché ce qui fait Histoire dans notre histoire pour questionner l’évolution de notre civilisation. Sidérant.

Angéla Laurier avec « J’aimerais pouvoir rire« , a atteint le sommet de son art: son corps contorsionné libèré de la «performance» a pu accueillir la folie de son frère, pour une peinture chorégraphique majestueuse.

Encore la folie avec Christoph Marthaler: « Schutz vor der zukunft » aura été l’un des moments les plus troublants du Festival d’Avignon. L’eugénisme des nazis nous est revenu de plein fouet pour que la souffrance des fous laisse son empreinte et guide nos pas de citoyens humanistes. Sublime.

Gisèle Vienne a osé créer une forêt pour en faire un théâtre d’où nous contemplions notre disparition.  «This is how you will disappear » fut un havre de fraîcheur au coeur de la fournaise d’Avignon jusqu’à glacer la peau du spectateur peu aguerri à vivre «sa» descente aux enfers.

Anne Teresa de Keersmaeker avec « En atendant« , nous a offert un paradis chorégraphique, sur la scène en terre du Cloître des Célestins à la lumière du soleil d’Avignon. Nous « sommes entrés dans la nuit » avec eux pour accompagner le travail de recherche sidérant de cette chorégraphe exigeante.

Avec ses quatre solos (« Lanx » / « Obvie » / « Nixe » / »Obtus » ), Cindy Van Acker a sidéré de nombreux spectateurs peu habitués à plonger dans le geste chorégraphié avec autant de lenteur. Quand la danse provoque le syndrome de Florence en Avignon…

Nous n’étions pas loin d’en être de nouveau atteints avec Simon McBurney.  «Shun-Kin» est la signature d’un grand metteur en scène; c’est un bâtisseur de ponts d’où l’on danse, d’où l’on pense pour se jeter dans le vide par amour du théâtre. À quand une tournée en France?
Il ne reviendra plus. Le metteur en scène allemand Christoph Schlingensief a disparu à la fin de l’été après avoir présenté sa dernière création au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles. «Via Intolleranza II» a déformé pour longtemps notre regard sur l’opéra pour en faire un moment populaire, festif et politique. La scène fut une matière qu’il a malaxée pour en faire l’?uvre du renouveau, celle d’une civilisation tournée vers l’Afrique. Inoubliable.
2010, fut l’année de ma rencontre avec Christiane Véricel ( « les ogres ou le pouvoir rend joyeux et infatigable « ). Accompagnée d’enfants comédiens et de sa troupe, elle a posé  la question de la faim dans le monde. Loin d’apporter ses réponses, elle a provoqué cette turbulence qui a fait de nous des ogres affamés, solidaires et joyeux.
Gageons qu’en 2011, notre « casa de la fuerza » sera encore et toujours le théâtre.
Pascal Bély – www.festivalier.net

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