Le ciel est gris. C’est dimanche. Peu à peu, ils arrivent. Un, deux, puis trente bébés avec leurs parents! Il y aussi des adultes handicapés avec leur encadrement. Le théâtre jeune public rassemble : il fait du bruit et m’enchante. C’est la société avant le spectacle. L’avenir est là : dans ce lien entre artistes et éducateurs où l’on pense déjà le spectateur en mouvement. Ici, notre responsabilité  est partagée autour du tout-petit. Parce qu’ils sont au théâtre, je ressens les parents plus guidant, où accompagner n’est plus seulement surveiller.

Je veille bien à me placer en haut des gradins pour me faire tout petit. La comédienne Thérèse Angebault arrive avec son tablier de jardinier tout gris, trois valises de toutes les tailles et un perchoir. Trois fois rien pour en faire tout un monde. D’où vient-elle ? Je l’imagine «échappée» d’une troupe qui, le temps d’une pause, joue pour les bébés afin de ne laisser personne au bord de la route. Ils sont comme ça les artistes : alors que tout semble s’effondrer, ils sont toujours présents pour remettre du sens là où nous clivons et uniformisons.

Entre le noir et le blanc, il y a donc le gris, couleur des couleurs, celle qui rassemble, celle où le possible ouvre l’imaginaire. Pendant trente minutes, elle transforme sa petite scène en espace rupestre, sorte de caverne éclairée, à l’abri du bruit et des néons de la société consumériste. Chaque valise est un plateau de théâtre, un tableau, un film, une pièce d’art contemporain. Tour à tour magicienne et voyageuse, elle convoque le sable, le vent, le tissu, la plume, les sons et créée un nouvel espace urbain, où l’artistique fait les chemins, les ponts pour ouvrir portes et fenêtres. Je contemple tandis que les bébés ponctuent chaque séquence d’onomatopées qui ne font guère de doute sur leurs ressentis et leurs intentions (regagner la scène pour s’échapper ?). C’est beau, mais on ne peut pas toucher. Juste imaginer…

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Thérèse Angebault utilise toutes les cordes à son arc : à la fois complice, clownesque, hésitante, créative, elle colorise et nous «sensibilise» à la diversité. La couleur se ressent, l’objet se relie à son contexte (la valise perd peu à peu sa fonction première),  chaque «tableau» entraîne un autre, puis un autre pour finir en apothéose où tout est interdépendant! C’est ainsi que le théâtre prend forme, crée l’énergie qui fait tourner un moulinet arc-en-ciel et propulse la comédienne vers les coulisses,  où sa troupe l’attend peut-être.

Petits gris, nous la suivons…
Pascal Bély – www.festivalier.net
« Qui dit gris » de Thérèse Angebault et Isabelle Kessler du 25 au 28 novembre 2010. Théâtre Massalia, Marseiille..

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