Depuis 1994, je suis « profession libérale ». Au coeur de ce statut, j’ai rapproché mon métier (je suis consultant et formateur auprès des institutions publiques et privées) et mon environnement (personnel, social, sociétal et terrien). Loin de cloisonner vie privée et professionnelle, j’ai au contraire amplifié les liens pour nourrir mes identités et donner du sens à mes actions de conseil et formation.

Changer mon rapport à la culture s’est naturellement imposé lorsque j’ai orienté mes interventions pour accompagner les collectifs à questionner les valeurs, délaissant les recettes managériales centrées sur la recherche de « la » solution. En 2005, en créant le blog «Le Tadorne»  pour écrire autour des formes contemporaines de l’art, j’ai puisé les ressorts créatifs pour dépasser ma posture de « spectateur consommateur » . Ceci m’a permis d’ouvrir mes pratiques de consultant en posant la transversalité comme vecteur de sens et de communication.

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En faisant le pari d’exposer ma subjectivité sur les oeuvres de danse, de théâtre et d’art contemporain, je savais qu’elle s’articulerait tôt ou tard avec mon métier.  Après une période où j’ai volontairement  très peu communiqué sur lui pour laisser le temps au Tadorne d’être légitimé, des ramifications apparaissent peu à peu. Aujourd’hui Tadorne et mon cabinet Trigone se relient à partir de deux axes qui s’inscrivent pleinement dans les principes de l’Agenda 21 de la Culture tels qu’ils ont été définis en 2004 à Barcelone par le premier Forum Universel des Cultures . Ils répondent aux souhaits des spectateurs qui sont pour certains d’entre eux des professionnels du lien social :

« L’appropriation de l’information et sa transformation en savoir par les citoyens est un acte culturel. Par conséquent, l’accès sans distinction aux moyens technologiques, d’expression et de communication, ainsi que l’élaboration de réseaux horizontaux, renforce et alimente la dynamique des cultures locales et enrichit le patrimoine collectif d’une société fondée sur le savoir. »

 Développer une communication créative autour du spectacle vivant.

La culture n’est pas un produit. Elle crée du processus. Or, la communication des institutions culturelles, orientée vers des transactions de masse, est majoritairement axée sur du contenu, du visuel, du résultat alors que les formes pluridisciplinaires, les propositions théâtrales interactives modifient en profondeur la relation entre le public et la scène. Il convient d’amplifier la communication créative pour rendre visible et lisible ce qui n’entre pas dans les codes classiques de l’information et qui pourtant légitime dans la durée tout projet de développement culturel. Dit autrement, il faut  substituer à la liste descendante du générique d’un film, la vision dynamique de sa production.

La programmation des institutions culturelles peut se lire comme un roman, un poème, une épopée. Elle provoque chez chacun de nous des réactions engagées. Elle suscite des choix, nous positionne comme spectateur actif. Nous programmons aussi! Mais comment dynamiser ce processus au-delà des présentations de saison et des rencontres après spectacle avec les équipes artistiques? N’est-il pas temps de créer des espaces de communication créative entre spectateurs, artistes et professionnels (aller au-delà des logiques binaires) à partir d’un cadre contenant et souple?

Pourquoi ne pas imaginer à l’instar des artistes associés, un groupe de spectateurs associés chargé de restituer une vision dynamique d’une programmation à partir d’un imaginaire partagé ? Comment développer un langage de spectateurs (par le corps ?) pour ne plus entendre « je n’ai pas les codes pour en parler » à la fin de tant de représentations ? Tadorne peut alors créer l’espace pour faciliter l’expression tandis que Trigone accompagne l’équipe de professionnels de la structure à s’approprier la démarche dans le cadre d’un projet global de développement des publics.

N’est-il pas temps d’écouter le public sur la place qu’occupe l’art chorégraphique dans notre société (le moins médiatisé et probablement le plus fragilisé par le contexte de crise) ?  Des «Etats Généreux de la danse » peuvent s’organiser où spectateurs, professionnels, artistes échangent leurs souvenirs, leurs représentations, leurs pratiques, leurs projets autour d’un art qui relie, quoiqu’on en dise. Tadorne créé le concept avec chaque institution et supervise l’animation tandis que Trigone accompagne le comité d’organisation pour impulser la dynamique de réseau, socle du projet.

Ces deux actions amplifieront des processus qui permettront aux institutions culturelles de communiquer en horizontalité à partir notamment des outils numériques (blogs et réseaux sociaux). Tadorne peut apporter son expérience de blogueur tandis que Trigone forme une équipe pluridisciplinaire à s’approprier les processus d’un internet chaleureux.

Saisons, festivals et écoles: pour de nouveaux espaces de formation continue.

Alors que la société de la connaissance requiert d’articuler créativité, savoirs et expertises, il nous faut inclure les institutions culturelles dans des réseaux plus larges comme le recommande  l’Agenda 21 de la culture :

– Amplifier les relations entre les équipements culturels et les organismes travaillant dans le domaine de la connaissance.

– Favoriser la mise en place d’instances de coordination entre les politiques culturelles et les politiques éducatives.

–  Encourager le développement de la créativité et de la sensibilité ainsi que le lien entre la vie culturelle du territoire et le système éducatif.

Il est également précisé que « le travail est un des principaux espaces de la créativité humaine. Sa dimension culturelle doit être reconnue et développée. L’organisation du travail et l’implication des entreprises dans la ville ou sur le territoire doivent respecter cette dimension, comme un des éléments fondamentaux de la dignité humaine et du développement durable ».

Ces principes généraux peuvent inspirer des politiques de formations innovantes. Ils sont au coeur du croisement entre un Tadorne et un Trigone !

– De nombreux professionnels sont aujourd’hui propulsés dans des ensembles «englobant» (pôle, réseau, intercommunalité,…), dont ils finissent par perdre la finalité. Les organisations créent de l’hyperstructure, sans travail d’amplification du sens. Or, définir le projet global de ces ensembles revient à développer la  vision globale des professionnels. Ils puiseront dans leurs liens à l’art et la culture un sens unificateur, capable de rapprocher les «cases». Dès lors, une formation «Créativité et développement de projets transversaux» peut s’articuler aux programmations des théâtres et des festivals et relie les lieux de cultures aux domaines de la connaissance.

– Mon expérience de consultant et de spectateur me conduit à formuler l’hypothèse que les professionnels en lien direct avec le tissu social (travailleurs sociaux, éducateurs, médiateurs) sont tout aussi «intimidés» par l’art que les personnes qu’ils accompagnent, d’autant plus que le langage du social n’est pas celui des professionnels de la culture. J’ai expérimenté avec la ville d’Aubenas, un dispositif de formation-action (« le partage des médiateurs ») dont la finalité a été de créer un réseau d’acteurs capable de développer des projets permettant d’accompagner vers la culture des publics éloignés. L’intervention d’artistes dans le cursus et les sorties théâtrales les jours de formation ont introduit un travail sur le positionnement tout en ouvrant le regard sur l’articulation entre le travail social, l’éducatif et la culture. Auparavant «pourvoyeurs de publics», ce réseau est aujourd’hui partie prenante des projets culturels de la ville.

– Les écoles de musique et de danse sont des lieux d’apprentissage et de lien social. L’apparition sur la scène européenne de formes pluridisciplinaires devrait pouvoir se traduire par une sensibilisation aux formes hybrides. À partir de mon expérience avec les établissements de la ville de Martigues dans le cadre d’un rapprochement des deux écoles, Tadorne et Trigone proposent des séminaires destinés aux enseignants, aux enfants et aux parents autour d’un «projet pédagogique indisciplinaire» qui traverserait les cursus.

Au croisement du Tadorne et du Trigone, il y a des ponts pour traverser nos archipels de créativité.

Au plaisir de vous y croiser…

Pascal Bély

www.festivalier.net / www.trigone.pro

06 82 83 94 19 / pascal.bely@free.fr

 

 

 

 

 

 

 

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