C’est mon quatrième Printemps de Septembre. Le plus ennuyeux, le plus triste, sans bruit dans la ville. Même pas une tempête. Encore moins un florilège de bourgeons. Juste quelques feuilles que l’on ramasse à la pelle. Et pourtant, tout avait si bien commencé avec les photographies de Carole Douillard à l’Espace Ecureuil. Allongée dans la rue, son corps endormi réveille nos sens. Le contraste entre ses beaux vêtements de soirée et l’espace public, nous positionne dans un entre deux: à la fois désir de caresser ses cheveux, de l’embrasser et lui porter secours. Est-ce là notre fragile humanité? Magnifiques clichés qui se relient difficilement au slogan du festival (« Une forme pour toute action ») qui, le temps d’un week-end, offre quelques surprises noyées dans un fourre-tout.

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A l’image de ces propositions où l’on (dé)pose ici un décor de théâtre (« Xanadoudou » de la Compagnie du Zerep), là une performance en vidéo dans son espace d’origine (« jouer avec les choses mortes » de Boris Achour). Mais les acteurs, les danseurs ou le public participant sont absents. Et quand la danse est là, elle déploie sa nostalgie. Fabian Barba propose différents solos de la chorégraphe Mary Wigman, l’une des pionnières de la danse contemporaine dans les années trente. C’est très joli, mais qu’attendre du spectateur, sinon qu’il apprenne sagement sa leçon d’histoire entre deux salves d’applaudissements? Les commissaires du festival (Eric Mangion, Isabelle Gaudefroy) imaginent-ils qu’une trace historique puisse à elle seule faire sens?

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Ce grand vide est accentué par l’installation de Marie Reinert dans le hall du Musée des Abattoirs. Elle y a déposé 77 caisses de transport utilisées pour l’édition du Printemps de Septembre. Des hauts parleurs témoignent de l’activité du déballage. Mais pour déballer quoi? Du bruit. Même ressenti au Musée des Jacobins où est installé un « parc municipal » assez bruyant. Autour d’une structure mobile en bois (tel un manège au coeur d’une foire d’art contemporain?), nous sommes invités à nous propulser dans la vision de l’espace urbain de dix-huit artistes. D’où vient cette étrange impression que le tout est un peu daté? Comme si les messages politiques sous-tendus par ces vidéos étaient déjà dans la sphère publique. Ici l’art témoigne mollement parce que parqué.

Loin de l’agitation, je suis parti à la recherche d’une « trace » activée qui transporte! À l’image de ce joli film (« Child’s Play »)  projeté à l’école des Beaux-Arts où l’on voit Guillaume Désanges animer une classe d’enfants roumains s’exercer à reproduire les performances d’artistes qui ont jalonné le 20ème siècle. L’histoire se prolonge et trouve tout son sens d’autant plus que ces performances ont été probablement interdites jusqu’à la chute de Ceausescu (1989).

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Traces aussi avec Roman OndakMeasuring the Universe») où l’on écrit au stylo noir sur un mur blanc, notre taille et notre prénom. Telle une vague, on est submergé par la beauté de ces traces rupestres et les valeurs qu’elles véhiculent: diversité et mémoire collective (qui n’a pas été mesuré ainsi par ses parents?!).

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De la trace aux restes humains, il n’y a qu’un pas franchi avec talent par Santiago Reyes. Pendant quelques jours, juste avant le coucher du soleil, il a balayé minutieusement quelques passerelles au dessus de la rocade de Toulouse. Il en a récolté des matériaux pour en faire une installation toute à fait remarquable. Des écrans vidéos projettent Santiago Reyes à différents endroits tandis qu’au sol, des matières (feuilles, bouteilles, mouchoirs usagés,…) témoignent de notre époque: on jette ce que l’on ingurgite pour apaiser les tensions crées par une société du toujours plus; le vent transporte le végétal qui se fragmente contre les ponts d’où poussent des herbes folles…Et l’artiste, tel un agent de développement durable, de récolter pour restituer.

Autre processus de transformation avec l’artiste iranien Abbas Akhavan à la galerie Voltex. Avec ses doigts, il décolle de petites feuilles d’or qu’il colle sur un grand mur blanc. De sa bouche, sort des mots qui se dévoilent peu à peu. Moment fragile où l’art expulse la poésie du corps. Troublant.

Le printemps est là.

Pascal Bély – www.festivalier.net

« Le printemps de Septembre » à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre 2010.

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