Ils sont trois hommes ou quatre, ça dépend des moments. Habillés de noir, couleur du mystère. Ils jonglent avec des balles blanches et font valser des notes de musique imaginaires qui finissent par vous trotter dans la tête. À moins qu’ils ne dansent, car tout glisse sur eux jusqu’à produire l’illusion du mouvement. De toute manière, je n’ai aucune référence à laquelle m’accrocher, si ce n’est le cérémonial d’un concert de piano auquel semble attachée la pianiste, qui lit la partition de ce trio sensible, parfois maladroit, au bord de l’abyme.

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Car « Pan Pot ou modérément chantant » du Collectif Petit Travers est une symphonie pastorale du déséquilibre qui finit par me soulever le coeur et me suspendre. Mais où suis-je pour jouir à ce point face à une telle virtuosité ? D’où me vient cette étrange impression d’être au coeur de la créativité, chaotique et poétique, où le musicien élabore sa partition, où le chorégraphe guide le danseur, où le cinéaste dialogue avec son personnage, où le plasticien touche sa matière ? Avec ces trois-là et leur mannequin en doublure (le tiers régulateur ? L’illusionniste ? Le fantôme ? La mort?), je poétise à partir d’un espace entre la scène et la salle où je projette mes flashs : une danse de Merce Cunningham, une scène de cinéma d’Agnès Varda, un tableau de Robert Delaunay. Il y a cette lumière qui délimite les territoires où chacun peut s’échapper seul, furtivement, pour revenir autrement dans le trio. Telles des virgules, ces échappées solitaires permettent la respiration au coeur d’un langage métaphorique si foisonnant. Elles nous renvoient à la solitude du créateur, à notre part d’humanité, à notre disparition.

Ces trois hommes nous font l’éloge de l’inattendu tant leur virtuosité nous surprend à chaque mouvement comme s’ils jonglaient avec le liquide. Leur danse donne naissance, elle est une explosion jubilatoire qui finit inéluctablement vers « la petite mort ».

Celle de mon lâcher-prise.

De ma renaissance.

De nos fragilités qui, à la sortie du spectacle, forment le choeur des spectateurs enchantés.

Pascal Bély – www.festivalier.net

« Pan Pot ou modérément chantant » du Collectif Petit Travers (Julien Clément, Denis Fargeton, Nicolas Mathis, Aline Piboule) a été joué les 1 et 2 avril 2010 à l’Hexagone, Scène Nationale de Meylan (38)

crédit photo : Philippe Cibille.

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